6e ANNÉE No298 1er JUILLET 1938
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POUR UN COLLÈGE DE SOCIOLOGIE
GEORGES BATAILLE. L’apprenti-sorcier. ................ 8 Micnez Lerris..... Le sacré dans la vie quotidienne... 26 _RoGER CaïLLois.... Le vent d’hiver............ RL AS 39 e Drieu La ROCHELLE. La Duchesse de Friedland......... 55 INDRÉ SUARÈS..... Temples grecs, Maisons des Dieux (fin) 69 ANDRE (CHAMSON,. La Galère (Il).,....:.,.....,.,,,. 83 — CHRONIQUES —
Air de Mai, par FRANcIS JAMMES Essais critiques, par MARCEL ARLAND La Musique et l’état mystique, par P. J. Jouve
— NOTES —
Romans et Récits. — Aux couleurs de Rome, par Valery Larbaud. — La Nausée, par J.-P. Sartre. — Le Crépuscule
dinar, par Bernard Barbey. .24...4.......,1. 126 La Poésie. — Sueur de sang ; Le Paradis perdu ; Kyrie, panibienrer Jean Jouve. 70024... 000. 140 Les Essais. — L'expérience poétique, par A. Rolland de ON eme cs nuage dans ana à 142 Littérature. — Carnets de Joubert................ 147
La Musique. — Le concerto en mi bémol de Stravinsky. 152 Les Revues. — Correspondance
— L'AIR DU MOIS —
Echec du front populaire. — En Amérique. — Réactions. — Reprises. — La peinture française en Suisse. — Pataphysique du mois. — La Lettre BULLETIN.
NOUVEAUTÉS
BEAUX-ARTS ‘PAUL VAL£RV. Degas Danse Dessin ..........:....:..........0 301 ROMANS, NOUVELLES, RÉCITS LU MarCEL AyMÉ. Derrière chez Martin ......................... 303 MAURICE BARING. Darby et Joan...... 306 | STEPHEN HUDSON. Myrte .......... == MARIE-ANNE COMNÈNE. Grazia....... 305 | CHARLES MAUBAN. Le pain des larmes. LA RENAISSANCE DE LA NOUVELLE J ABEL. HERMANT. La Bigarrure plaît ............::..4 40008 : ÿ
! LES CLASSIQUES ANGLAIS | CORRESPONDANCES À W.M.THaAcKkERAY. La Foire aux Vanités 307 | DIDEROT. Lettres à Sophie Volland...….
LI BIOGRAPHIES PAUL Riva. Marie Mancini.......... 315 | EDITH SITWELL. La Reine Victoria... AE ARE POËSIE : EDMOND FLEG. PAÏVPS Es den 2e does ONE I EEE to RÉCITS HISTORIQUES Ha GEORGES BENOIT-GuYoD. Nouvelles Histoires de Gendarmes ....... 325 THÉATRE
EUGÈNE O’NEILL. L’Étrange Intermède. 317 | ALFRED SAVOIR. Comédies de notre Temps À L'AVENIR DE LA SCIENCE
Raouz Micuez May. Les Cellules embryonnaires ..........,..)... 327 COLLECTION PSYCHOLOGIE CG--ruNe. Le. Moi. et l’Inconscient).. 7/22/0000 ETES 326 PE BIBLIOTHEQUE DE LA PLÉIADE Historiens et Chroniqueurs du Moyen Age 331 | VERLAINE. Œuvres poétiques complètes. 2 MUSÉE DE LA PLÉIADE CARLO GAMBA Giovanni \Bellinis A RENAN EEE Re 332 TIRAGES RESTREINTS VOFTAIRrE Lettres d'Alsace). EN I RENE RM NRC PEER EEE 329 LA ŒUVRES | | SIGMUND'FREUD ........ 16 cahiers de fin. | GEORGE MEREDITH.......... 3° couverture. ! ANDRE MMAUROIS. Lise ee ec meretiectess tes Dee SE NRES 344 ù
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fe 4 PRET. NP Des nouvelles qui nous permettent de goûter, comme dans l'Enfant de la Harie \ Mer, un sens de la poésie, une poésie qui semble si naturelle à Jules Supervielle que » ans ses livres la moindre phrase devient riche naturellement de sens et de saveur: \ Ce qui est nouveau peut-être dans l'Arche de Noé c'est un goût de M. Jules Super- ïelle pour un certain humour, humour aui n’est pas très éloigné de celui que repré _ sente Jean Effel dans ses dessins. CASE DS ; ' ere ( A Les TREIZE, L’Intransigeant, 23-4-38;, L\U ES $
de L'Arche de Noé qui vient de paraître, contient quelques-unes des histoires les | lus « spirituelles » que l’on puisse entendre, dans tous les sens de cet adjectif -opulent. À HOME
+
Roger POULET, Cassandre, Bruxelles, 30-4-38. 1à
PA
. « Au moment de sécher ses devoirs, une petite fille d'avant le déluge avait trouvé
ARE
“son buvard tout mouillé. » Cette première phrase, pareilles à celles que l’on trouve … n rêve, donne le ton des épisodes ingénieux et exquis qu’imagine M. Supervielle. | RoBerT BRasiLLACH, L’Action Française, 5:5-38.
- Car ce ne sont pas seulement de beaux contes qu'il nous offre, mais l'assurance. qu’une vertu proprement française, qui jointe à la justesse du ton poétique donne plus exquis composé qui soit, n’est pas perdue. Je veux dire la gentillesse, celle de 10s romanciers et de nos sculpteurs du Xt11® sièle, d’un certain Corneille etsurtout e La Fontaine, de Marivaux et de Musset. ADP CHE ES CLAUDE Ro, Je suis parlout, 27-5-38.
TUE à à 1e 10 5 . Je tiens M. Jules Supervielle pour un des très rares poètes qui sachent écrire des nouvelles de cette qualité, fassent sans effort passer le miracle dans un récit, le à gnent de tendresse familière et d’inventions précieuses, et l'accomplissent avec un . artexquis.. L’Arche de Noé rassemble ainsi sept contes brefs ou longs, tous parfait . n TARN PIERRE LOEWEL, L'Ordre, 5
DAT Hire manquez pas de lire les sept contes réunis par M. Jules Supervielle Évant + un poète — sous le titre l'Arche de Noé : ils sont exquis. ’
ROBERT KEwP, La Liberté,
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J'ai réuni sous ce titre neuf nouvelles très résolument réalistes. La première, par exemple, rest l’histoire d’un romancier réaliste qui prend ses personnages dans üne réalité si drue, ‘qu’ils s’animent d’une vie réelle, matérielle, et, retirant à l’auteur son libre arbitre de ! romancier, imposent à sôn œuvre les exigences de la réalité vécue. Je ne crois pas qu'on ait -encôre écrit Sur un thème aussi réaliste. Dans les nouvelles suivantes, le dessein réaliste apparaît parfois moins ferme. On contes- terà qu’un homme puisse n’exister qu’un Jour sur deux ét FU méme personne puisse habiter simultanément deux Corps et on aura bien raison, Mais qu’on ne $’ÿ trompé pas. C’est justément dans ces apparéntes défaillances de la vraisemblance que mon réalisme se montre le plus vigilant, car il ne fait (en réalité) qu’emprunter une forme rigoureusement et sévèrement mathématique. En effet, selon là méthode analytique consistant à traiter _ un nombre absütde, imaginaire, pour en fairé jaillir dés équations comestibles je pars sur des données imaginaires avec une conscience paisible et une foi robuste dans la vérité dù _ dénouement, de sorte qu'en achevañt la nouvelle, j'ai le droit (parce que j'ai été réaliste tout le ternps) le dtoit d'ignorer les absurdités auxquelles j'ai feint de me laissér aller. Ainsi, dans Conte de Noël, le lecteur saura-t-il. comprendre que l'enfant Noël, facteur imagi- ‘naire, n’est que le support mathématique d’une opération pérmettant de fairè passer une * chemise bleue des mains de l’adjudant Constantin entre celles d’une petité pensionnaire de . la maison dé tolérance, ce qui est juste et humain. Tout ceci dit pour avertir qu’on n’ait pas à chercher de «fantastique » dans mon livre, il n’entré aucunement dans mes vues de fonder une école de réalistné imaginaire. > + Les critiques superstitieux ou simplement attentifs aux coïncidences remarqueront eut-être que dans ces nouvelles, la plupart des héros s’appellent Martin. Qu'ils veuillent jen ne pas voir là de Hasard ténébreux. Mattin est un nom que j'aime bien et qui me vient facilement à la plume. Les titres devenant plus rares d’année en année, j’en ai profité pour appeler mon livre « Derrière chez Martin », quoique j’eusse pu aussi bien l’appeler « Devant . chez Martin » où « À côté de … » où « Au-dessus dé … » où Simplement « Martin » où encore «les Aventures de Martin, lés Métämorphoses de Martin, les T'rente-Six visages de Martin, : . les Travaux de Martin, Confidences de Martin, Heurs de Martin … » je me ei sen de . regret. ‘
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Le Juif-Errant devient ici l'Homme-Errant. Lorsque, aux arrêts de sa marche, me le sommeil endort sa fatigue, son cauchemar se tisse des catastrophes del’univers. k Dans ce cauchemar, l’avant-guerre n’est plus seulement une compétition d’impé- rialismes, mais la danse montante des Babels pécheresses, escaladant le ciel. La guerre elle-même prend les proportions d’un phénomène cosinique : elle fait jaillir les métaux des profondeurs, s’écrouler les montagnes, s’incendier les eaux et les airs, se courber dans le ciel, au lieu d’une voie lactée, une voie ensanglantée set; proclamant par-la bouche de l’Antéchrist, le Décalogue du Mal, ellé «renvoie au chaos l’œuvre du Créateur». Mais, dans l'éternel rêve humaïn, cettemesserougea, comme J’autre, une signification surnaturelle ; les os d'Adam, dispersés dans le monde, se rejomdront un jour, pour rendre à l’homme déchiré son unité perdue, image de l'unité divine. Le Temple universel se construit ; autour d'une table dressée sur les continents et les océans, la Cène Humaine commence, glonfiant l'Homme au ciel et Dieu sur la terre.
Cependant, l’'Errant se réveille : des pleurs coulent encore. Il lui faut reprendre, dans l'éternel espoir, sa marche éternelle.
Ce vaste poème, qu’une édition à tirage limité, et depuis longtemps épuisée, n'avait pu faire connaître qu’à des lecteurs privilégiés, reparaît aujourd’huisous a une forme entièrement nouvelle qui, sans rien lui retirer de sa puissance première, la revêt d’une expression plus achevée.
DU MÊME AUTEUR :
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ISRAEL ET MOI (Pourquoi je suis juif, — Ma Palestine, -— Dieu 1936). 18f
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: N. R. F. — 304 —
DE PARAITRE
| MARIE-ANNE COMNÈNE _
_GRAZIA
: UN VOLUME IN-16 DOUBLE-COURONNE ........... 28-fr. L. 20 exemplaires numérotés sur alfa supérieur : . 52: fr.
2
Comment Grazia, jeune fille libre, rebelle, et sauvage, qui n’était fidèle qu’à ses montagnes et n’acceptait de conseils que de son propre Dieu, est-elle devenue cette épouse dévouée et irréprochable, soumise aux lois d’un foyer déjà établi par d’autres, en accord constant avec les nécessités d’une vie sans éclat où beau-père, belle-mère, belle-sœur, enfants d’un pre- mier mariage de son mari, se partagent ses heures sans trêve et encombrent ses jours de - petites besognes et de mornes soucis ? .
} Est-elle sage parce qu’elle est heureuse ? ou heureuse parce qu'elle est sage ? re qui est la patience quotidienne des femmes, d’où lui est-elle brusquement venue ; Lo L'amour de son mari qui est sans défaut, l’estime et l'admiration de son entourage, la grâce de son village nouveau, le regret de son vieux père et de ses rêves composent-ils : pour elle un univers suffisant ? Ne nous amènera-t-elle pas plutôt à comprendre que c’est - encore d’elle-même et de sa sauvagerie qu’elle tire tant de simplicité ? que les plus pas- sionnés sont ceux qui ont su convertir leur passion en amour de la vie et se sont attachés . d’une manière absolue à tout ce qu’ils.ont accepté d’aimer ? « Je disais l’amour et c'était la vie » (Eluard). . = Cette vie, un lecteur trop tendre et sensible pourrait la trouver injuste, une lectrice … révoltée et sportive pourrait la juger inacceptable, un simple spectateur, un touriste du sentiment se refuserait à reconnaître dans cette Grazia vieillissante, courbée par la mala- … die, dévorée de soucis, soumise à tous les rites d’une famille austère, la rieuse et fan- … tasque jeune fille dont le caprice paraissait être l’unique loi. < Pourtant Grazia n’a pas changé d’âme ; mais de cette âme toujours libre et fière, elle ne fait plus qu’un usage indnect Farouchement elle l’a donnée ; elle l’a partagée entre ses quatre
M enfants qui la font revivre et fleurir à chacune de ses saisons. Pour ne rien perdre d’elle,
M elle a tont accepté ; il lui est arrivé pour ne pas la trahir de trahir et d’humilier son corps :
… Orgueil où joie et douleur se sont affrontées. Mais ses plus grandes joies auront été ses joies
= dé mère ; ses plus grandes douleurs aussi et surtout la plus grande, la dernière — la mort
de son fils tué à la guerre — qui l’arrache à la terre, sans qu'’élle ait la force de lutter.
_Mais si Grazia occupe le centre du tableau, les personnages qui l’entourent nous
- apparaissent en pleine lumière, chacun avec son problème de destinée, et c’est toute une famille qui vit devant nous.
: DU MÊME AUTEUR : VIE ET MORT DE ROSE COLONNA, roman
— Collection « Succès » II. Violette Marinier IL. Le Bonheur ANSE L'HOMME AUX YEUX GRIS, nouvelles ÉTÉ, roman ..….
EN PRÉPARATION _ LA SURPRISE, roman
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— 305 — £ < ASS 2
A Pour paraître au début de Juillet
MAURICE BARING * DARBY ET JOAN
ROMAN
Traduit de l’angfais par ALBINÉ LOISY
Traduction revue et approuvée pat l’auteur
ÜN VOLUME IN-16 DOUBLE COURONNE .............4.. 18 fr. 15 exemplaires numérotés sur pur fil nSexemplaires numérotés sur alfd.. ...:2.. LOU AT SO 100 exemplaires sur alfa réservés à la « SÉLECTION STR ASBOURGEOISE »,
Maurice Baring a écrit ce nouveau roman avec le charme et la pudeur qui ont déjà touché les lecteurs de Daphné Adeane. La retenue de l'expression, la claire composition du récit, la -
subtilité des sentiments qui se révèlent sous des événements quotidiens, mais lourds de conséquences, voilà les qualités pri- mordiales d’une histoire attachante qui se déroule tour à tour en Italie, en Écosse, dans l’île de Malte.
Plusieurs fois, au cours de sa vie, Joan Brendon se trouve à la croisée des chemins et, plusieurs fois, le déstin lui fait prendre le plus aride. Lorsqu'enfin, il lui est permis de s’engager dans le seul qui l'ait jamais tentée, c’est au moment où — amertume suprême — un autre, plus séduisant, se révèle à ses yeux. ,
Cependant, Joan Brendon sait, encore une fois, cachet, sous le calme de sa beauté victorienne, la dernière et la plus doulot reuse déception en épousant le héros de sa jeunesse. Ainsi se
TRE jusqu’à la génération de ses petits enfants laMégénde | d'un amour inébranlable et enfin heureux, celui du comple fidèle qu'on appelle Darby ét Joan, tes Philémon et Baucis de la poétique et rigide Angleterre.
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N. R. F. — 306 =
«LES CLASSIQUES ANGLAIS »
W. M. THACKERAY
LA FOIRE AUX VANITÉS
Traduit 1 par GKORGES GUIFFREV
Rébnpresstn d’un : chef-d'œuvre devenu introuvable.
12 “À 3 Re Æ » + #
Ux FORT VOLUME IN-8° SOLEIL DE 660 PAGES........., 40 fr. 20 exemplaires numérotés sur pur fil............................. 100 fr.
+
SOUS PRESSE DANS CETTE COLLECTION
tr, FIELDING. TOM JONES (Histoire d’un enfant trouvé) précédé d'une » mofice biographique et littéraire sur Fielding par Walter Scott ef de gene » notes d'André Gide en manière de préface. |
I] sera tiré en plus du tirage ordinaire : des vus numérotés sur pur fl 4 (format in-80 soleil)... ......................................... 100 fr. 4
4
Préface de sers PRÉVOST.
DANIEL DE FOË. ROBINSON CRUSOÉ. Traduction de PÉTRUS Rene JS
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[AIS VIENT DE PARAI
« »
STÉPHEN HUDSON PS
MYRTE
Traduit de l’anglais et préfacé par EMMANUEL, BOUDOT-LAMOTTE
| UN VOLUME IN-I6 DOUBLE COURONNE .....1...%. VC R-020-'f 60 exemplaires numérotés sur alfa dans la collection « DU MONDE | BARRIERS Liiaudeanee vos cena e sue eee CS CRE 35 fr
|
EXTRAIT DE LA PRÉFACE
Le nouveau livre de M. Stephen Hudson que j'ai l'honneur d’avoir tradui comprend neuf parties dont chacune porte le nom d’un personnage différent, ( l’héroïne paraît à travers les yeux de ces neuf personnages que la vie met en ra] port avec elle, depuis sa nourrice, sa gouvernante, sa sœur aînée, et cinq hommi qui se sont épris d’elle, jusqu’à Richard Kurt qui... mais je ne veux pas déflor. l’histoire. Chaque épisode forme un petit roman, cependant que tous s’enchaînen qu'ils se commandent les uns les autres, et que l’ensemble compose le portrait de jeune fille.
M. Stephen Hudson attache assez d'importance à la forme pour avoir varié) présentation de chacun de ses romans et pourtant, la forme ne fut jamais pour | une fin mais, à proprement parler, un moyen d’expression. Le résultat est d’a: tant plus surprenant qu’il est plus simple, et c’est par charme, semble-t-il; que grand écrivain anglais est arrivé à capter la vie ainsi de tous les côtés à la fois.
.….Indépendamment de sa beauté propre, cet ouvrage est capital dans l’œuvre « M. Stephen Hudson parce qu’il se présente à la fois comme l’épilogue des ouvrag précédents et le prologue des suivants qui sont dominés par une nouvelle feu de femme qui porte le doux nom de Myrte. Myrte, c’est la conclusion et c’est prélude ; une transition, une pause, un sourire, celui d’une jeune fille radieus Myrte, c’est un roman d’amour et, quoique dramatique neuf fois, un livre q «respire, très doucement, respire l'espoir ».
; E. B.-L.
Du MÊME AUTEUR :
UNE HISTOIRE VRAIE: I. LE PRINCE CHÈNEVIS. II. ELINOR MA COLHOUSE, r0man.. 1:00 sinus tu oo in “123 15 :
UNE HISTOIRE VRAIE. III. RICHARD KURT, roman ......... "20: Ces ouvrages sont traduits par EMMANUEL BOUDOT-LAMOTTE
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= N.R, F. — 308 —
: «LA RENAISSANCE DE LA NOUVELLE » _ Collection dirigée par PAUL MORAND -
Be AB HERMANT
| É + DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE ù ne Ê Î l
LA BIGARRURE à PLAIT
ÜN VOLUME IN-I6 DOUBLE-COURONNE ..... A à
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F > : Qui ne sait par cœur le Singe et le Léband, de La Fontaine ? Pour «gagier de argent à la foire », ils font eux-mêmes leur publicité. Et le Léopard dit : |
Ée Le roi m'a voulu voir, Et si je meurs, il veut avoir. Un manchon de ma peau : tant elle est bigarrée, Pleine de taches, marquetée, Et vergetée, et: mouchetée ! » La bigarrure plaît : partant chacun le vit.
- Sila bigarrure plait, le recueil que publie à la M ouvelle Revue Franaise M. Abel Hermant sous ce titre emprunté au fabuliste ne manquera point de plaire et bacun le lira ; car on ne saurait guère imaginer bigarrure plus poussée que celle-ci. Son caprice se joue du temps comme de l espace. Elle débute, aux plus beaux jours d'Athènes, par un « entretien du jeune Démocratès, fils de Lysis, avec Mé- nexène, sur le propos des courtisanes en général et singulièrement d’Aspasie Milé- Sienne ». Puis, c’est un crochet aux îles Fortunées, où Socrate en personne — feu Socrate — reçoit la visite de cette prêtresse de Mantinée, de qui, dans le Banquet de Platon, il prétend avoir appris la science de l’amour. Sans ombre-de trapsition,- nous passons aux «années trente » de ce siècle-ci, et l’auteur nous présente enliberté (c'est bien le cas de le dire) cinq « Jeunes personnes », dont la plus réservée n’a pas froid aux yeux. Pour finir, un chapitre, censé inédit et « bâtonné » dans le manus- exit original, du Mémorial de Sainte-Hélène : Le Songe de Napoléon. … Voila sans doute de quoi divertir ceux qui pensent, comme La Fontaine, que «le Singe avait raison » A PE
3 Hs … Ce n’est pas sur l’habit Que la diversité me plait, c’est dans l'esprit.
Du MÊME AUTEUR :
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LE CYCLE DE LORD CHELSEA
LE SUBORNEUR, PRE PE ne dames = nie din Cou: Co iat en de on CD LE LOYAL SERVITEUR, roman...........,,.................,. QU Ee PNA LS dE É ET PREMIER AMOUR, roman........,.....,....,..ss..s.s. "19",
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ROMAN
UN VOLUME IN-I6 DOUBLE COURONNE .............. @ fr
_ 15 exemplaires numérotés sur pur fil..................... 60 fr. \épuisés 25 exemplaires numérotés suralfa supérieur... ........... 35 fr (épuisés
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EXTRAITS DE PRESSE SAR
»
TE Nausée, où éclate un talent énorme, où tout annonce l’un de : nos plu grands romanciers.
À. M. PETITJEAN, Vendredi, 6- “6: Lot
M. Jean Paul Sartre vient de faire dans le roman un éclatant débu:. | Il n’est pas douteux que nous.ne possédions dans la personne de M. Sartre u romancier philosophe de premier plan : on sait que dépuis Voltaire le roman philo . sophique en France est un genre léger assez voisin de la fable ; la littérature di M. Sartre n’a aucun rapportiavec le genre frivole, mais-elle donne assez bien l’idé is ce que pourrait être une littérature associée à unerphilosophie: existentielle. 1
PAUL N1ZAN, Ce Soir, 16-5- 538.
M. Jean Paul Sartre est un écrivain. Sa prose tombe d’aplomb, avec la correctior et l’autorité d’un langage manié par un homme qui trouve naturellement le mo juste, rapide, fort, pour exprimer une pensée qui va où elle veut. Ce langage : même l'énergie interne d’une violence contenue, qui éclate M Ce ot 2 trois endroits. Un écrivain, ce mot suffit. Il n’y en a pas-tant.
ANDRÉ ROUSSEAUX, Le Figaro, 28-5 1
HLe roman le plus remarquable que j'aie lu depuis longtemps. ANDRÉ BILLY, Le : Fig e
EDMOND Tres ‘de P Académie Fo Le Jour, 4 }
La None compte parmi les rares tentatives suivies qu’ait faites fa littécates d'imagination pour désintégrer le réel et mettre en cause directement,la nÉsadi
_Parun singulier bonheur cette «œuvre négative, où l'esprit s'affirme sant, est écrite dans un style positif exempt de tout maniérisme et | jen qu’à sa précision et à sa franchise, C’est un début . d’une me
1). L
__ CHARLES MAUBAN RÉCIT ï
$ Les plus secrets échanges de | | 7. l’amour et de la grâce font ici se . | chercher, se trouver, se meurtrir, | deux cœurs chastes et violents. | Ce livre, où leconteur jamaisne | + | | se sépare du poète et du mora- | liste,estuneœuvrecruelleetpure, un bréviaire d’exaltation. | UN VOLUME IN-I6 DOUBLE COURONNE tiré à : | 1.000 exemplaires numérotés sur papier de chataignier... 21 fr. |
12 exemplaires numérotés sur hollande van Gelder . .... rai on eee 85 fr.
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Du MÊME AUTEUR :
| LE BEAU NAVIRE, roman... RE
| 27 ACHETEZ CHEZ VOTRE LIBRAIRE
.R, F. — 312 —
THÉATRE -
ALFRED SAVOIR
COMÉDIES DE NOTRE TEMPS
MARIA — LA VOIE LACTÉE
UN VOLUME IN-I6 DOUBLE-COURONNE. ...........e... 21 fr.
DU MÊME AUTEUR :
THÉATRE PARBURENENCAVANT........,......:... NOR 15 fr, PIÈCES HISTORIQUES (La petite Catherine. — La Pâtissière de POS
DE PARAITRE
VE
ÉDITH SITWELL
LA REINE VICTORIA Traduit de l'anglais par JEAN TAILVA UN VOLUME 1N-80 OUPS sous couverture illustrée. je # fr.
Ce livre n’est pas un précis, et ne saurait être intitulé : Histoire de l'Angleterre sous le règne de Victoria. Ce n’est pas davantage une biographie romancée, mais une étude psychologique de l’enfant, de la jeune fille, de la jeune femme amou- reuse, de la Jeune mère, et de la veuve prématurée et inconsolable que fut Victoria d'Angleterre ; en même temps, c’est l’analyse de sa conception de ses devoirs de reine, celle dé son action, pendant plus d’un demi-siècle, sur la politique anglaise, celle de ses relations directes avec Melbourne, Robert Peel, Palmerston, Disraëli, Gladstone, Tennyson et autres celle de ses amitiés simultanées ou successives, de ses goûts, de son amour pour l'Angleterre. É Parallèlement à la vie intime et domestique de la Reine, en opposition avec j les dehors somptueux de la vie officielle et les aspects florissants de la prospérité | ‘économique, l’auteur nous montre, inaperçue et menaçante — contre-partie du progrès scientifique et industriel — la misère des classes pauvres ; il nous fait pénétrer, à la suite de Friedrich Engels, dans les taudis, les ateliers, les filatures et les mines ; il nous fait assister aux répressions sanglantes des émeutes, et aux … horreurs de la déportation. Sourdement, les temps présents naissent. Quelques hommes alors le comprennent et s'efforcent d'intervenir : Pun enrte autres, le Prince Consort dont la figure se détache, très noble et très généreuse, à
æ auprès ‘de celle de Victoria. Due à l’intuition féminine, à la fantaisie et à l’érudition de Miss Edith Sitwell, —…_ cette œuvre, qui vient à la suite de ses ouvrages sur les Excentriques anglais, : Alexander Popeet la ville de Bath, ne doït-être considérée ni comme un dithyrambe, # ni comme un pamphlet ; mais comme une image alternée, sous les doubles aspects “é de l ombre et de la lumière, de Victoria et de son époque. ;
RENÉE DE SAUSSNE |
PAGANINI LE MAGICIEN Préface de JACQUES THIBAUD ds
Avant-propos de l’auteur
EX
UN VOLUME IN-80 SOLEIL, sous couverture illustrée .. 24 fr. .
EXTRAITS DE PRESSE
M£e livre de MAe de Saussine sera lu avec agrément par les amateurs de : vies romancées, mais en même temps : il enrichira nos bibliothèques d’une vaste et solide ‘ eRumentetion sur l’étonnant génois.
DOMINIQUE SORDET, L’Action Française, 20-5-38.
| On admire que Mie de Saussine ait découvert aussi exactement la méthode et Ja disposition qui convenaient à un sujet aussi insaisissable. Fondre tant de menus faits dans une esquisse aussi vigoureuse, sans en rendre illisibles les détails, c’est _ une réussite de virtuose. On devine à chaque page, chez la: narratrice, les richesses acquises et discrètes : les gammes ont été faites, les traits étudiés à loisir ; mais » - riennes’y montre plus der efort ni de l'incertitude. Le récit va son train, empor- tant dans sa course tout ce qu exige d'accessoires cette fantasmagorie ; et si rapide qu’en soit le mouvement, rien ne s’y brouille : on entend toutes les notes et une à , oreille exercée peut se divertir à en désunir les accords. : à
ne E. JEan-Ausry, Le Jour, 29-4-38. Ce livre apprendra beaucoup de choses — même à ceux qui connaissent bo
; l'Europe romantique sur l’une des personnalités les plus extraordinaires. d’une À 7.5 pourtant fertile en prodiges. RES
E. BuENZ0D, Gazette de Lausanne, 15-5-38. ;
existence de Paganini, que Mie de Saussine nous retrace avec tant de verve. “à précision, peut être considérée comme un véritable roman auquel ne À ol ent même pas les éléments fantastiques ou hoffmanesques.
à AUGUSTE BAILLY, Candide, 26-58, Fe Livre d’une merveilleuse sonorité que seule une musicienne pouvait écrire et ‘ ont on entend chaque phrase mélodiquement.…. gs = GERMAINE BEAUMONT, Les Nouvelles Littéraires, 208. (J
Par un espèce de mimétisme malicieux, le style de ces pages pleines de mouve- en nt et de bravoure déploie la plus brillante virtuosité : Renée de Saussine e sa plume comme d’un archet et, pour incanter cette ombre romantique chassée par l'inquiétude, ne quitte guère la ronde allure du scherzo.
RENÉ CHALUPT, La Revue Musicale, a
PES
IENT DE PARAITRE.
l AE . : PAUL PR : MARIE MANCINE
. UN VOLUME IN-16 DOUBLE COURONNE sous couv. illus... 20 fr.
30 exemplaires numérotés sur alfa supérieur. ....,.......:.......... 45 fr. | >
La Vallière, Montespan, Maintenon ne se sont installées dans sa vie qu'après la crise princi L'une à plu à son cœur, l’autre à ses sens et la dernière à sa raison. Elles l’ont |L trouvé déjà désenchanté, marié, résigné à sa solitude. Il les prit suivant son caprice ; 1 il les lâcha quand il lui plut. Elles lui donnèrent tout, sauf l'essentiel, qui'est la souffrance. L Elles ont été des fantaisies, des habitudes, peut-être des amours. Elles n’ont pas été l'amour. L'amour, ce fut Marie, la Mancini, amour né à vingt ans, étouffé, renaissant. traîné ben nostalgie jusqu’au tombeau. Elle était une jeune fille ; il n’avait fait que quelques : expériences. Elle lui plut par sa pureté, par sa vivacité et par sa force ; elle saisit son es- . prit et son cœur ; par sa chasteté même, elle troubla profondément ses sens. Il voulut l’épou- + set, là couronner reine de’ France, se donner tout entier. | Üne Je put. Dans sa très longue vie, Louis XIV ne manqua qu’une chose : son bonheur, » Mazarin, le tuteur, le beau-père, le dupa, se joua de lui. Cet amour que lui-même il avait. * préparé pour engluer Louis et pour se maintenir au pouvoir, il s’aperçut soudain qu’il » était dangereux et le détruisit de ses mains. Louis, persuadé par lui, renonça à Marie, Fut-ce héroïsme ou bien faiblesse ? Les esprits graves tiennent pour l’héroïsme. Marie, + qui vit le jeu de près, n’en était pas très sûre. Élle regardait Louis pleurer. Elle lui re- , » procha sa faiblesse. « Vous êtes roi. Vous pleurez. Et je pars. »
L On ne connaît un homme qu’en le voyant aimer. On connaîtra donc ici Louis XIV.
+ sous les traits de Titus, peut-être l’ennoblissant trop, garda ce mot, en fit un vers célèbre : … Vous les empereur, Seigneur, et vous pleurez. Titus-Louis XIV et Marie Mancini-Bérénice L se séparèrent, 2mvifus inv1lam. : Pour la dernière fois, adieu Seigneur — Hélas. Ce beau vers prononcé, Racine juge sans doute sa matière épuisée, car il fait tomber le rideau. La crise en effet est finie. Mais le » réel n’obéit pas aux règles esthétiques. Pour Louis et pour Marie la vie continua, Titus-Louis fitun mariage de raison, mais proposa aussitôt à Marie de choisir un époux . postiche et de devenir sa maîtresse. Car ce garçon pratique, même en plein romanesque, aimait les accommodements. Bérénice jeta de hauts cris. « Trop pour la concubine ». Elle » épousa un inconnu, devint princesse Colonna, sortit de France, essaya d’être heureuse, » Elle devint femme ; elle eut plusieurs enfants ; puis elle bâilla. Dans l'Orient désert quel » devint mon ennui | comme disait le pauvre Antiochus. Elle flirta, s’aperçut qu’elle allait * fléchir, prendre un amant. Mais alors pourquoi pas Louis ?. Elle le fit pressentir. Il ui * écrivit : Venez ! Elle échappa à son mari, arriva en Provence, puis s'arrêta. Elle n’osait » rouvrir la tragédie, Quand elle se décida, quand elle vint jusqu’à Fontainebleau, ce fut .… Louis qui eut peur, qui la fit refouler au delà des frontières. LELRS _ Elle courut, follement, sottément. Elle s’écœura d’elle-même. Elle criait au secours vers. . Louis ; mais Louis se bouchait les oreilles, pactisait avec le mari pour l’enfermer, la ré- ‘duire au silence. | PA , . Lorsque trente ans eurent passé, il la laissa enfin venir. Sa Maintenon peut-être lui pesait. : … Il sut qu'elle était à Passy, qu’elle attendait. Il l’appela. Marie regarda son miroir, comprit qu’elle avait soixante ans. Elle préféra disparaître. Elle reprit ses voyages, mourut en Italie, . assez vieille, peu de temps avant lui. Telle fut la véritable histoire de Titus et de Bérénice. * Louis XIV, s'il s’occupait parfois d’art théâtral, put sans doute expliquer un soir à Racine pourquoi sa Bérénice, malgré toute la justesse-des vers, reste une tragédie impar- … faite, « C’est que les deux amants ne meurent pas, comme ceux d’Andromaque, de Bajaset, … de Phèdre. Or, une crise peut amener un meurtre ; elle ne règle pas toute une existence. - Bérénice à cinq actes, plus on ne sait combien de tableaux. — Je le reconnaîs, Sire, dut » répondre Racine, Mais le charme de Bérénice ne serait-il pas de laisser la fantaisie libre, . de permettre aux esprits qui viendront après nous de mêler à une œuvre arrêtée des sou-
Dix ans plus tard, Racine reprenant le sujet, écrivant Bérénice, représentant Louis
» venirs flottants dans les mémoires, et d’incliner l'Histoire à n’être que ce qu’elle peut être : Hal
| un prétexte à la rêverie ?» Du MÊME AUTEUR :
4 et LES SIX FEMMES DU ROI HENRY VIII Nas M PES RAT LOU ETE MAROMADE HAS .4. 1.10. DNS MS Meter d ac tin is Sa RPC TON
— 315 — J
JULIEN BENDA
UN RÉGULIER DANS LE SIÈCLE
UN VOLUME IN-16 ‘DOUBLE COURONNE. LORIE TINESNIS RE
25\exemplaires numérotés sur: pur Al: 2.21... MR CO OI 50 exemplaires numérotés sur alfa supérieur ............. 85 fr. (épuisés)
EXTRAITS DE PRESSE
On n’enlèvera pas à l’auteur le mérite d’une totale sincérité, vis-à-vis des autres et de lui-même ; et le don dans l’évocation des hommes et dés événements. GEORGES ALTMAN, La Lumière; 52-38:
Un Régulier dans le Siècle est un des documents les plus extraordinaires, dans
cet ordre d'ouvrages qui vont des confessions aux examens de conscience et'aux.
analyses cliniques. Extraordinaire, à la fois par une honnêteté ét une lucidité qui ne sentent pas l'effort, ni l'excès, et par le portrait même du personnage Que ce portrait soit celui de l’auteur ajoute encore 'à ce que cette entreprise, et sa réussite, comportent de ce que j’appellerai surprenant.
MARTIN CHAUFFIER, Vendredi," 11-2-38/
\ Dans cet ouvrage qui continue des plus heureusement la Jeuresse d'un clerc
Julien Benda conte, avec une bonhomie griffue qui nous enchante, etlquitte à éléver quand il convient le ton, quelques-unes de ses rencontrés. En. MARvE, Les Nouvelles Litiératres, 1272-38: | L'âpreté de sa foi résonne comme un mugissement de tempête dans la cam- pagne.. D'ailleurs, que de curiosité intellectuelle et de sympathie humaine"chez ce raisonneur ! CH. CESTRE, New-York-Mimes, 7-1-38:
On a rarement l’occasion de célébrer un parti pris aussi souvent justifié. Onà plus rarement encore l’occasion de lire un livre aussi intrépide, un document aussi étonnant, un témoignage aussi ferme sur un homme et son époque.
Pigrre LœweL, L'Ordre, 22628. |
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its . L’'ÉTRANGE INTERMÉDE
Traduit de l'anglais par FANNY PÉREIRE et PIERRE MISSAC
Préface d'HENRY BIDOU
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UN VOLUME IN-16 DOUBLE COURONNE ............... 25fr, » 35 ex, numérotés sur alfa dans la collection DU MONDE ENTIER... 48fr.
ÿ EXTRAITS DE LA PRÉFACE Strange Inierlude, dont on nous donne cette élégante et ingénieuse traduction, fut » joué en Amérique avec un immense succès, il y a une dizaine d’années. _ Robert Littell écrivait, après la première, dans la New-York Evening Post : « Strange Interlude est une grande pièce. Je ne sais pas s’il est une pièce américaine qui me paraisse ” plus grande. C’est une grande pièce, une pièce riche et sage et belle et originale et profonde » et émouvante immensément. Après s'être couvert d’une telle gloire, le théâtre américain ” peut dire à tout le vaste monde : Arrêtez, regardez et écoutez. ».… ‘ … La pièce est de celles que tout amateur de théâtre doit connaître, non seulement à cause » de sa beauté pathétique et de sa vérité, mais parce qu’elle contient des tentatives très originales. »_ La première et la plus saisissante est d’avoir écrit les rôles, pour ainsi dire, sur deux » portées, l’une où s'inscrit la parole, l’autre où s'inscrit la pensée. En quoi il donne l’im- … pression d’une vérité profonde car l’homme le plus sincère, s’il suit avec attention sa propre conversation, s'aperçoit que tandis qu’il parle, un fil continu de pensée fort. » différent de ce qu'il dit se développe dans son esprit. De sorte qu’en réalité la parole » est un contre-chant à deux voix... \ … Cette introduction de la pensée dans le texte, ce double langage, ce monologue à haute … voix, en étant la plus apparente singularité de la pièce, n’en est peut-être pas Ja principale. Sa longueur, répartie sur neuf actes, est à son tour une nouveauté. L'édition américaine est un gros volume de 352 pages. Une note nous avertit qu’elle est faite pour la lecture, et je ne crois pas qu’elle ait jamais été jouée intégralement. Mais expurgée pour la scène - la pièce durait encore cinq heures. Un long entr'acte, si j'en crois ce qui m’a été rapporté, » est accordé aux spectateurs. … : Cette longueur n’est que le moyen d’expression d’une originalité plus intime. Une pièce française est, presque toujours, centrée autour d’un événement. Mais ici le sujet de la pièce n’est pas un fait c’est la vie elle-même, sur une durée de plus de vingt ans comprise entre la jeunesse tragique de Nina et son âge mûr apaisé, L'étrange mtermède dont parle ” le titre, c'est la vie elle-même. A plusieurs reprises l’auteur nous en avertit... "UE …. Dans ce quart de siècle, nous voyons évoluer un petit groupe d’une demi-douzaine de personnes. Et c’est entre tous ces personnages que va se nouer non pas une tragédie, mais, » quatre ou Cinq tragédies consécutives. %
ct
Faut il l'appeler drame, ce long tableau d’une destinée ? Les critiques se sont écriés tout de suite : « C’est un roman ! » Seulement faire tenir sur la scène la matière d’un roman est peut-être le problème le plus passionnant qui se pose aux auteurs dramatiques, et j'en sais, parmi les plus grands, qui en sont hantés. HENRY BIDOU. |
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AN LE à 6, D MR ere AC nn: Eu.
à KIA 10 SON
NOUVEAUTES
ALBERT THIBAUDET
RÉFLEXIONS
SUR
LE ROMAN
UN-yYOLUME. IN-80 SOLEIL... 0 ONZE 89 exemplaires numérotés sur alfa supérieur. ................ 45 fr." "(épuisés)
EXTRAITS DE PRESSE
Ce recueil de chroniques parues dans la « Nouvelle Revue Française», est bien d’une seule trame, L'unité de la doctrine fait de ces pièces, malgré les vingt années Ml} qui séparent les plus anciennes des plus récentes, un tout. Si l’auteur avait d'un « trait composé un ouvrage critique sur le roman, celui-ci ne nous. satisferait pas davantage que ne font ces présentes « Réflexions ».
CHRISTIAN MECRET, Le Jour, 4-4 38:
Dans ses Réflexions sur le Roman, Albert Thibaudet apparaît un esprit brillant, et d’une haute culture. GEORGES LE CARDONNEL, Le Journal, 17-4-38.
Il est impossible de ne pas être séduit par cette intelligence sans cesse éveillée, cette langue libre et savoureuse, ce vagabondage plein d'imprévu. KLEBER HAEDENS, Combat, avril 1938.
On ne saurait trop conseiller de lire ce livre sagace, amusant, pittoresque, irri- tant parfois, qui passe d’un sujet à un autre, avec la virtuosité nonchalante chère à celui que M. Bergson appela si justement notre Sainte-Beuve, et quiétaitun peu aussi notre Montaigne. ROBERT BRASILLACH, Gringoire, 6-5-38.
Réflexions que tous ceux qui ont suivi la pensée du grand critique dispersée dans maintes revues, reliront avec le plus grand intérêt. Ces vbavardages», rélus aujour- d’hui, prennent une signification qui dépasse ce quel’auteur en attendait lui-même. / FRANZ HeLLens, L'Etoile Belge, x5-5-38.
.… Quelle paisible autorité dans cette suite de digressions familières, quelle apti- H tude à dégager l'essentiel. Quel scrupule à ne point enfermer dans l'étroite prison = d’une formule tel vivant en pleine évolution !... Impressionniste, Thibaudet, con- naissait aussi l’art de se muer en raisonneur. Son coup d’œil était sagace ; son sens critique étendu. JEAN NiICOLLIER, Gazette de Lausanne, 5-6-38.
: Je voudrais citer à l’infini de ces phrases charmantes et fortes que Thibaudet écrivait sans aucune peine, en cédant à la pente de son heureux génie. Le plus bel. éloge qu’on puisse faire de ce livre et de tout le monument qu’on élève à la mémôire du critique disparu, c’est que l'esprit s’y enrichit sans le savoir, s’y amuse enle sachant fort bien, et sans en avoir jamais honte, ’ ANDRÉ THÉRIVE, Le Temps, 9-6:38.
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Sa physionomie s’est révélée mobile. I,a conversation a tenu. chez a lui autant sion plus de place que fa littérature. Les lettres à Sophie Volland puisent directement à cet art de se raconter …
ide son imagination, nés au contact des moindres événements ou. au sein de ses rêveries, le récit de ses entreprises où est mise à | nu la $énérosité de son être, l’histoire de ses ouvrages dont un : grand nombre restèrent posthumes, jusqu” à ses dons de divina- tion, tout cela passe dans les lettres à Sophie Volland, pendant : . trente années de som existence. Elles sont un monument litté-
| donnons aujourd'hui servira à faire mieux connaître le Bee ch
La première éd. de ces lettres a été tirée en 1930, au format in- ie carré” Far.
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|A SOPHIE RES
tible d’être compris qu'aujourd'hui. Nous assistons à une re- À naissance en faveur de son génie. Depuis quelques années, les | ouvrages à son sujet se multiplient, s'efforçant de restituer : l’encyclopédiste, de fixer les traits de l’homme, de percevoir plus | ‘nettement la figure de celui qui, à de nombreux titres, peut
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LETTRE A CORNÉLIUS OÙ LA MÉTAMORPHOSE, par JEAN GRENIER
LA PSYCHANALYSE DU FEU, par GASTON BACHELARD JULES RENARD, par RAMON FERNANDEZ PSYCHOLOGIE DE L’ART, par ANDRÉ MALRAUX CONTES DE LA TÊTE DE LION, par ALEXEI REMIZOV LE LIVRE DE COMPTES, par CLAIRE SCHMIDT VAROUNA, par JULIEN GREEN
CE QU’EST UN CHEF D’ŒUVRE, par GERTRUDE STEIN
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EXTRAITS DE PRESSE (Il)
# \ 2 ARTE : 4 1 |
si L'analyse de la conscience quasi-divine du poète, et de son activité est faite par M. deal
A Renéville de façon plus précise et plus complète qu’on ne l'avait jamais vue, je croïs. On nel
VE pourra: plus! parler de la philosophie du symbolisme, désormais sans se référer à certains ll}
ee développements de son livre. pu 4
… Les rapports, de la poésie symboliste et de la Cabale sont étroïts, sont formels. On#
s’en aperçoit un peu plus tous les jours. M. de Renéville nous donné des explications Ml
cabalistiques des Correspondances de Baudelaire, de l’Artémis de Nerval, de l’Zgitwr de
Mallarmé, qui sont lumineuses et convaincantes.
ANDRÉ ROUSSEAUX, Le Figaro, 21-5-38.
La poésie fait depuis-plusieurs années l’objet.d’une série d'analyses qui semblent avôir été} inconnues à nos prédécesseurs. Si j’excepte Novalis et Edgar Poe, je ne vois aucun philo- -sophe, aucun esthète avoir pris pour mesure de son examen l'expérience personnelle. Où en 2 d’autres termes, la poésie a toujours été considérée comme un ensemble de règles et de devoirs. a. priori. et. non comme le résultat d’un travail engageant toute lavie.. L ï . M. À. Rolland de Renéville vient de répondre à ces questions et à bien d’autres, par un livre qu’il faut considérer — ainsi eût dit J. K. Huysmans — comme un véritable Zebig d’érudition et de connaissance technique. nn E° … L'Expérience Poétique est une œuvre de critique qui restera. , SA ; Epmonp, JALOoUx, de Académie Française, Excelsior, 28-4-38: ñ ‘ È TE SET D NN 2 QE M ci — : g. £ . Témoignant d'une profonde intelligence de-la poésie, cet ouvrage. peutipasser pour l’exposé du mythe actuel de la poésie. ! & À .… Recourant sans cesse aux textes des poètes, avec une prédilection évidente pour Mal- + larmé:M. de Renéville étudie minutieusement l’usage qui ÿ est fait de la parole et tente de à l’éclairer à la lumière d’une conception magique de l’univers. Il discerne, établie par le lan- gage métaphorique, une double correspondance : d’une part entre ce langage lüi-même’et un rythme qui est intérieur à l’homme; de l’autre entre ce rythmecaché etles ds mou- vements qui régissent la. création. ALBERT BÉGUIN, La Revue de Paris, 1-6-38%
Blake, Poe, Nerval, Baudelaire, Mallarmé, Victor Hugo... cherchent à se constituer une métaphysique inspirée des traditions occultistes : ils connaissent plus où moïns directe- ment la Kabbale et Swedenborg.
Qu'en résulte-t-il.? Les mots, qui sont en quelque sorte leurs instruments dé travail, prennent à leurs yeux un caractère divin. Ils pensent que les métaphores qu’ils font surgir ont un pouvoir d’incantation, une force magique. Le poète croit ainsi, grâce à la puissance
SA ‘du verbe, nonseulement découvrir littéralement le monde, mais le recréer. . Rolland de Renéville compare justement, dans une longue et remarquable analyse l’atti- #4 }_ tude de ces poètes qui communient avec le monde à Fesphisocs des mystiques. CURE L£on PIERRE-QuINT, La: Lumière, 3-63:8!
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4 À EXTRAITS DE PRESSE __ Ily a dans ce recueil des élans désordonnés et furieux, comme À des montées brusques de sang, alliés à une puissance et une ri-. chesse verbales, des plus rares. Ce livre de début révèle un tempérament indéniable. di JEAN VIGNAUD, Le Petit Parisien. 30.3.37.
Il semble qu'Audiberti écoute au fond des moelles de l’homme : et cette symphonie à laquelle nous sommes sourds, mais que nous soupçonnons être puissante et saugrenue, 5s'exhale ici dans un ! rythme épique en sonneries bouffonnes, dans une alchimie ver- :
… bale ahurissante. Audiberti nous bouscule du flot des instincts libérés qui viennent baigner la race des hommes, du fond des | _* âges et du fond des moelles dan$ une sorte de délire. a J. G. Tricor, Revue Bibliographique et Critique. Mars 37:
: Admirable et déconcertant, émouvant et cocasse, capable _d’inspirer tour à tour, et d’une page à l’autre, un enthousiasme | ‘profond et un ahurissement désolé, M. Audiberti apparaît comme |
un poète qui doit être remarqué à un double titre. Il possède . une des plus puissantes natures lyriques que notre temps ait |. vues surgir. ANDRÉ ROUSSEAUX, Le Figaro, 15.5.37.
| M. Audiberti est un poète authentique. 4 ANDRÉ THÉRIVE, Le Temps, 0.0. 37. | Coton demeurer indifférent à tant de puissance, SE vir- |
tuosité verbale qu confine au génie ? 5 Cahiers du Sud, septembre 1037.
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Le Livre est à lire. BERTRAND DE JOUVENEL, L’Emancipation Nationale, 23-4-38.
On a lu des biographies détaillées du dictateur italien, des études nombreuses A} sur la conquête du pouvoir ? mais je ne crois pas qu'un seul de ces livres jette M} sur l’activité de Mussolini autant de lumière que le livre que vient de publier M A. Rossi. Gros livre, bourre de faits, c’est un document assez écrasant contre Mussolini ; il pourrait s’intituler, pour nombre de chapitres : Les « Palinodies d’un Dictateur ».
La Flèche, 29-4-38:
La naissance du fascisme, rien de plus vivant que le récit qu’en fait l’auteur, et pour lequel il a mis en œuvre une documentation d’une incomparable richesse. C’est l’œuvre d’un historien de haute qualité...
J. B. SÉverac, Le Populaire, 25-5-38.
Un livre vraiment essentiel. : ROBERT ARON, V’endémiaire.
Tous les antifascistes devraient lire cet ouvrage de Rossi. Nulle part, je n'ai vu détaillée avec autant de soin, avec aussi peu de parti pris déformateur, la psycholo- gie du fascisme. On ne trouve pas, dans l’ouvrage de Rossi, du lyrisme de meetmg
_ mais de la logique. L'auteur n’essaie ni d’emballer, ni de provoquer la colère, mais de persuader... CONSTANT BURNIAUX, Journal de Charleroi, 28°5-38:
$ * Un excellent livre vraiment. EMILE BURÉ, L'Ordre, 8-6-38.
Dans un volume compact et documenté qui vient de paraître,et qui a pourtitre: La Naissance du Fascisme,. À. Rossi nous montre clairèment commentle fascisme est né au delà des Alpes, comment il s’y est développé, comment, hélas il s’y est implanté. Étude que feraient bien de méditer républicains et socialistes français.
ALEXANDRE ZÉVAËS, Agence Technique de la Presse, x1-6-38. Admirable livre, que je signale à nouveau à nos camarades. Ils-trouveront là, éclairées par l’histoire la plus scrupuleuse, les conclusions qui étaient déjà les nôtres en 1933. Les cinquante dernières pages constituent une deces méditations politiques qu’il est bon de relire de temps en temps... MarcEL DÉAT, Le Front, 17-6:38:
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N. R. F. 24
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GEORGES BENOIT-GUYOD
NOUVELLES HISTOIRES _ DE GENDARMES
UN NVOLUMEMERODOUREE COURONNE AN UE NS EM NOT fr D2oexemplares numérotés sur alfa! (leur. eu nn in ER S8 TT:
v Xà ni Vas
Voici un nouveau recueil de récits historiques dont la matière-provient, pour la plus * grande part, des archives de la gendarmerie. C’est le complément des Hisloires de Gen- -darmes de l’an dernier. L'attentai du Pont Royal nous ramène au début du règne de Louis-Philippe. C’est le pre- mier régicide tenté contre le Roi-Citoyen par des républicains exaltés, ces extrémistes de . l’époque. Il eut d’ailleurs un singulier aspect, puisque la figure qui domine l’événement est une jeune provinciale de r9 ans, étrangère à la politique, et venue à Paris pour quelques jours afin de régler des affaires de famille,
Nul n’ignore que notre gendarmerie actuelle a pour aïeule la maréchaussée, qui assurait sous l’ancien régime la police du royaume. Pendant le règne de Louis XVI, le fameux Poulailler fut un de ses adversaires les plus retors. A l’aide d’une documentation aussi abondante que savoureuse par son accent archaïque, M. Georges BENOIT-GUYOD nous montre … comment cé bandit fut pris et châtié après avoir mis au pillage les campagnes de l’Île-de- ). France. : | Des papiers jaunis, retrouvés dans lidouble fond d’un coffret du vieux temps, évoquent » de nouveaulla poétique image de Madame Royale captive. Le coffret du Temple ne contenait
certes pas des secrèts d'Etat, mais il avat appartenu à Mme de Chanterenne, compagne de la fille de Louis XVI dans sa triste prison, La correspondance de cette charmante femme » avec le soupçonneux comité de Sûreté générale, nous restitue l’atmosp hèred’une époque profondément troublée, et touche à des questions qui dépassent la petite histoire pour. atteindre l’histoire, sans épithète. À La vieille querelle du Pape et de l'Empereur devait renaître sous Napoléon [®, car ce souverain prenait très au sérieux ses. prétendus droits à la succession de Charlemagne. Quand l’impérial despote eut décidé d’éloigner le pape de sa capitale, c’est le général de * gendarmerie Radet qui fut chargé de l'enlèvement de Pie VII. L'étonnant, c’est que Sa : Samteté manifesta envers ce général des sentiments non équivoques de sympathie, et même de reconnaissance pour ses bons procédés pendant le voyage de Rome à Florence, mené grand train au milieu d'épisodes tragi-comiques. | 3 PE ; M. Georges BENOIT-GUYOD a remarqué que bon nombre de personnages historiques … restent connus seulement par leur mort héroïque ou singulière, et il cite entre autres Roland à Je preux, le Grand Ferré, le chevalier d’Assas, le représentant Baudin. A ces noms, on peut + ajouter celui du général Clément Thomas, qui pour le grand public est évocateur de la: … journée du 18 mars 1871, sans plus. Cependant, cette première victime de la Commune . … avait débuté avec éclat dans la politique militante, trente-sept ans auparavant. Les débuts : … de Clément Thomas nous xetracent le rôle du futur général dans la conspiration militaire . de Lunéville qui, en.1834, avait préparé le soulèvement d’une brigade de cuirassiers, des - tinée à venir à Paris proclamer la République. ; PAREENNES D: TL'illustre Courteline doit, à n’en pas douter, une part de sa renommée à la pièce ayant * À
… pour titre : « Le gendarme est sans pitié. » Dans un conte anachronique imilé de Courteline, M. Georges BENOIT-GuYOD a pastiché cet auteur, et l’on s’égaiera sans doute au récit des » | tribulations du gendarme Paternoster, dont le nom figure dans les fastes de la littérature ? Fin-de-Siècle, | ha Du MÊME AUTEUR: HISTOIRE DE GENDARMES..........................................
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LE MOI ET
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Traduit de l'allemand par A. ADAMOV
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La psychanalyse nous a ouvert un champ d'expériences d’une étendue illimitée : l'inconscient, notre au-delà psychologique, l'ensemble de ce qui est « situé au-delà du plan humain et per- * sonnel ». Dans l'inconscient, nous retrouvons la psyché collec- tive. L'individu s’y perd. 11 s’agit de le libérer, de le rendre à | Jui-même, de cultiver cette plante délicate qu'est l’individuation, | afin que l'individu ne soit pas étouffé par l'inconscient collectif,
x
Mais l’œuvre de Jung ne se réduit pas à une thérapeutique. LA
C’est la psychologie au sens.le plus large qui l’intéresse. Il nous introduit dans un vaste domaine très peu exploré jusqu’à présent.
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" LYSE (traduit de l'allemand par Anne Berman).........:,...........
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n FRANZ ALEXANDER et HUGO STAUB. LE CRIMINEL ETSES JUGES
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LES CELLULES EMBRVYONNAIRES
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Les cellules embryonnaires ne se trouvent pas seulement dans l'embryon. Le développement est un phénomène continu, qui n’est délimité dans aucune pé- ride bien nette, et qui va, dans certains cas et pour certains organes, jusqu’à la mort. On peut même affirmer que c’est l’absence de couches embryonnaires de. remplacement dans Îles tissus les plus spécialisés des animaux supérieurs qui les voue irrémédiablement à là mort,
On saît que la greffe de cellules adultes d’un individu chez un autre n’est pas tolérée chez les animaux à sang chaud. Par contre, un greffon embryonnaire, composé de cellules peu différenciées dans leur forme et dans leur chimisme, est toléré, alors qu’un greffon plus âgé serait, chez le même porte-greffe, rapidement |
éliminé. Cette constatation rouvre la question des greffes, et permet les plus’ grands A D espoirs en chirurgie réparatrice. _ Le rôle des cellules embryonnaires dans la cicatrisation et la régénération, leur culture artificielle en milieux appropriés, l'étude des substances embryonnaires de croissance, ainsi que du retour de tissus adultes à l’état embryonnaire, sont au- ‘ tant de questions qui éclairent d’un jour nouveau le problème si délicat et si an- goissant des tumeurs bénignes et cancéreuses,
Les faits exposés dans ce livre montrent à quel point sont intimement engrenées, | dans l’organisme, les cellules embryonnaires et les cellules adultes. Ils illustrent d’une façon concrète que l'individu est un équilibre momentané de ce qui Ho de çe qui est, et de ce qui a été. “
x
Notice bio- oorepniqne:
Past Michel May, Docieur ès Sciences. Né le 1°? septembre 1900. Chef des Travaux d * Anatomie t d'Hisiologie Comparées à la Sorbonne, Chef de Laboratoire à la Faculié de Médecine de Paris, W, May est un biologiste qui s'est spécialisé dans l'étude comparative du syslème nerveux, des. elfes, et de la biologie cellulaire. Il a publié une étude d'ensemble sur « La transplantation nimale » (Gauthier-Villars, Ed.) ainsi que de très nombreux travaux originaux. Sa connaissance les disciplines biologiques d'une part, médicales de l'autre, lui permet d'aborder la Dee de: uestions, si nombreuses, Si sont communes à ces deux domaines.
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DE JOSEPH JOUBERT
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ANDRÉ BEAUNIER
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« Voici des volumes de Joubert, un esprit délicat qu’il est bon que vous parcouriez; il y a des pensées exquises, on n’en prend pas beaucoup à la fois, ce2 sont des élixirs. C’est fait pour vous.,
Lettre inédite de SAINTE-BEUVE à Me de Loynes,
EXTRAITS DE PRESSE
Les cahiers de Joseph Joubert, qui viennent de paraître, méritent le titre de monu- ment. C’est l’activité pensive de toute une existence qui se trouve enregistrée selon les années et suivant la course vagabonde et féconde de l'esprit.
: JEAN MORIENVAL, Aube, 14-5-38.
Il à fallu les leçons de Thibaudet et son Histoire de la Liltéralture française" de 1789 à nos jours, pour m'assurer que nos lettres, comme nos mœurs modernes, datent bien en effet de notre Révolution. Il a fallu que Mme André Beaunier et les éditions dela N.R.F, prissent le courage de publier dans leur intégralité les Carnets de Joseph Joubert; qui vont de 1774 à 1824, pour que je m’en rendisse personnellement compte.
Je dis courage parce que la tâche était monumentale ; mais il n’en est aucune plus passionnante et plus profitable. A. M. PETITIEAN, Vendredi, 13-3-38-
“ . . \ .
Je ne crains pas d’affirmer que la publication des « Carnets » de Joseph Joubertconstitue un des événements littéraires les plus importants de ce temps-c1.
L'admirable édition que j'ai sous les yeux comble toutes les lacunes ; elle nous livre non pee sans doute une œuvre — mais ce qui vaut davantage, une des personnalités les plus attachantes, une des âmes les plus délicates et les plus nobles, les plus constamment aimantées par les choses éternelles qui aient palpité sous le ciel de France. .
GABRIEL MARCEL, Le Jour, 17-5-38.
Grâce à cette publication, à laquelle Mme André Beaunier a donné des soins Re nous n'avons plus seulement sous les veux les /exfes de Joubert : nous voyons sedé
érouler
devant nous l’histoire même de la pensée de Joubert, nous en pouvons suivre les'étapes,
lès ascensions ou les reculs, les hésitations, les temporisations. Ces deux volumes sont l'in-
comparable chronique de la vie d’un grand esprit ; on peut dire qu’ils renouvellent, pour «
nous, la connaissance de Joubert ; que pour la première fois, devant nous, Joubert est
vivant. GEORGES GoYAU, de l’Académie Française, Les Nouvelles Liltéraires, 11-6-38:
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CORRESPONDANCE INÉDITE Introduction et Notes de G. J PANAOSReS
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& 12 exemplaires numérotés sur pe sde 20DET: 000 exemplaires numérotés sur vergé. senssessesessses 79 fr.
y Æ É On pouvait assurément n’avoir pas perdu Pare de découvrir par ER monde quelques k
lettres éparses de Voltaire : mais il paraissait improbable qu'après cent cinquante années, lune liasse de ses lettres, au nombre de plus de cent, se pût trouver encore.
Qu'’elles fussent toutes adressées à la même personne ne pouvait manquer d’ajouter à -
térêt de la découverte et qu’enfin cette personne fût précisément celle qui à le plus
longuement approché l'écrivain, qui lui fut attachée par les liens du sang et du cœur, sa -
propre nièce, Madame Denis, c'était, à vrai dire, incroyable : et c’est pourtant ces lettres Qu'on trouvera ici, telles que nous les’ avons relevées sur les originaux mêmes.
L'on n'avait, jusqu’à ce jour, d’ autres lettres de Voltaire à sa nièce qu ’une trentaine de
celles qu’il lui écrivit, de Berlin ou de Potsdam, durant les trois ans qu’il passa à la cour. roi de Prusse. Cette liasse nouvelle en contenait deux de surplus pour cette même période oute une suite où l’on peut se représenter Voltaire presque au jour le jour, pendant une année de sa vie: l’année assurément la moins brillante, mais aussi la moins révélée : et peut-
tre la plus sigulière : celle qui marque le passage entre le séjour en-Prusse et le quart
de siècle de Suisse et de Ferney : celle où le grand homme, träqué, oppose le silence et une retraite laborieuse au danger des persécutions, avant que le destin, le menant è Genêse,
assure à son génie la gloire dans l'indépendance.
NE C’est de sa vie d’une année en Alsace, à Strasbourg, puis à Colmar, que la majeure partie
ces lettres nous donnent l’écho fidèle et frémissant : mélange de courage et de gémisse- (ments, de vœux ue et de vues graves, de labeur tenace et haletant, d'inquiétudes 1e- mouvelées.
E Ces lettres révèlent en outre l'existence d’un ouvrage important de Voltaire qui ne nous : (est pas parvenu, et éclairent d’un jour fort particulier Ie relations de oncle et de la nièce.
G. JEAN-AUBRY. ES LETTRES D’ALSACE de VOLTAIRE font partie de la même série que les LETTRES
-DE DIDEROT A SOPHIE VOLLAND, la CORRESPONDANCE INÉDITE DE =E
DIDEROT et és LES GARNETS DE JOSEPH JOUBERT.
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Cette collection, s'inspirant du principe qui était déjà à la base de la BZBLIO- THÈQUE DE LA PLÉIADE, et qui en a fait le succès- (TOUT EN UN), veut remplir … Je même but, dans le domaine des Arts Plastiques, que la BZBLIOTHÈQUE DE LA PLÉIADE dans celui des Lettres : chaque volume comportera -en effet TOUT L'ŒU- VRE peint ou sculpté de chaque grand artiste. Ces volumes, de format pratique et maniable (13,5 X 21 cm.), sont reliés en pleine toile de soie (dos doré), et comportent une page de titre en deux couleurs. Outre les reproductions, dont le/nombre varie entre 200 et 300, chaque volume contient une étude importante (200 à 250 pages), due aux meilleurs critiques d'art, une bibliographie, une table des œuvres avec in- dication des villes, musées et collections où chaque œuvre se trouve, sa dimension, etc. Les six premiers volumes qui paraîtront d'ici le printemps 1639 (les 4 premiers sont parus), sont consacrés aux peintres italiens :
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nl semble que 7 circonstances actuelles se Den très particulière- DS ment à un #ravail critique ayant pour objet les rapports mutuels del’ére + de l’homme et de l'être de le société : ce qu’il attend d'elle, ce qu’elle ‘4 Fner de nos ; Ces vingt dernières: années auront vu en effet un des in conddétables \tumulles intellectuels qu’on puisse imaginer. Rien de durable, rien de solide, rien qui fonde : déjà tout s’effrite et perd ses arêtes, et le temps ’a fait encore qu’un seul pas. Mais une extraordinaire et presque incon- cevable fermentation : les problèmes de la veille remis chaque jour en question et quantité d’autres, neufs, extrêmes, déroutants, inlassable- à ment inventés par des esprits. prodigieusement actifs et non moins prodigieusement incapables de patience et de continuité. En un mot, une production submergeant réellement le marché, et sans mesure avec les besoins et la capacité même de consommation. AA De fait, beaucoup de richesses, beaucoup d'espaces vierges br usque- | ment ouverts à Pexploration, quelquefois à l'exploitation : le rêve, l'in: onscient, toutes les formes du merveilleux et de l'excès (l’un définissant l’autré). Un individualisme forcené, qui faisait du scandale une valeur, donnait à l’ensemble une sorte d'unité affective et quasi lyrique. C'était, à vrai dire, dépasser le but : en tout cas beaucoup donner à la société, que. tant se plaire à la provoquer. Peut-être doit-on voir là le germe d’une contradiction dont l'ampleur croissante devait finir par dominer sur un certain registre la vie intellectuelle de l’ époque : les écrivains s’essayant avec a HR ou Sr à nas aux nie ii et Poe
6
6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
humains des grands fonds, sollicitation impérative des faits sociaux, aucune ne peut être laissée pour compte sans qu’on le regrette bientôt. Quant à sacrifier l’une à l’autre ou espérer qu’il soit possible de les suivre toutes deux parallèlement, l'expérience n’a cessé de montrer à quels graves mécomptes exposaient ces fausses solutions. C’est d’ailleurs que doit venir le salut.
Or depuis un demi-siècle, les sciences de l’homme ont progressé avec une rapidité telle qu’on n’a pas encore pris suffisamment conscience des possibilités nouvelles qu’elles offrent, bien loin qu’on aït eu le loisir et l'audace de les appliquer aux multiples problèmes que pose le jeu des instincts et des « mythes » qui les composent ou les mobilisent dans la société contemporaine. Il résulte notamment de cette carence que tout un côté de la vie collective moderne, son aspect le plus grave, ses couches profondes, échappent à l'intelligence. Et cette situation n’a pas seule- ment pour effet de renvoyer l’homme aux vaines puissances de ses songes, mais aussi d’altérer la compréhension de l’ensemble entier des phénomènes sociaux et de vicier à leur principe les maximes d’action qui trouvent en elle référence et garantie.
Cette préoccupation de retrouver transposés à l’échelle sociale les aspirations et les conflits primordiaux de la condition individuelle est à l’origine du Collège de Sociologie. Elle conclut le texte qui notifie sa fondation et qui définit son programme. Il est nécessaire de le reproduire ici sans tarder davantage :
1. Dès qu’on attribue une importance particulière à l'étude des struc- tures sociales, on s'aperçoit que les quelques résultats acquis par la science en ce domaine non seulement sont généralement ignorés, mais de plus sont en contradiction directe avec les idées en cours sur ces sujets. Ces résultats, tels qu’ils se présentent, apparaissent extrêmement prometteurs et ouvrent des perspectives insoupçonnées pour l'étude du comportement de l’être humain. Mais ils demeurent timides et in- complets, d’une part parce que la science s’est trop limitée à l'analyse des structures des sociétés dites primitives, laissant de côté les sociétés modernes, d’autre part parce que lés découvertes réalisées n’ont pas modifié aussi profondément qu’on pouvait s’y attendre les postulats et l’esprit de la recherche. Il semble même que des obstacles d’une nature particulière s’opposent au développement d’une connaissance des élé- ments vitaux de la société : le caractère nécessairement contagieux et activiste des représentations que le travail met en lumière en apparaît responsable.
2. Il suit qu’il y a lieu de développer entre ceux qui envisagent de poursuivre aussi loin que possible les investigations dans ce sens, une communauté morale, en partie différente de celle qui unit d’ordinaire les savants et liée précisément au caractère virulent du domaine étudié et des déterminations qui s’y révèlent peu à peu.
Cette communauté n’en reste pas moins aussi libre d’accès que celle
. de la science constituée, et toute personne peut y apporter son point de vue personne], sans égard au souci particulier qui la porte à prendre une
connaissance plus précise des Acte us de Pexistence sociale.
Quels que soient son origine et son but, on considère que cette préoccu-
‘Lea est suffisante à à elle seule pour fonder les liens nécessaires à l’action
en commun. |
8: L'objet précis de l’activité envisagée peut recevoir le nom de socto-
logie sacrée, en tant qu'il implique l’étude de l'existence sociale dans toutes celles de ses manifestations où se fait jour la présence active du
_ sacré. Elle se propose ainsi d'établir les points de coïncidence entre les
- tendances obsédantes fondamentales de la psychologie individuelle et les structures directrices qui président à l’organisation sociale et com-
mandent ses révolutions.
. L'homme valorise à l’extrême certains in$tants rares, fugitifs et vio: | lents, de son expérience intime. Le Collège de Sociologie part de cette donnée et s'efforce de déceler des démarches équivalentes, au cœur même de l’existence sociale, dans les phénomènes élémentaires d’attraction et
| de répulsion qui la déterminent comme dans ses compositions les plus
. _accusées et les plus significatives telles que les églises, les armées, les . confréries, les sociétés secrètes. Trois problèmes principaux dominent
cette étude : celui du pouvoir, celui du sacré, celui dés mythes. Leur
résolution n’est pas seulement affaire d’information et d’exégése : il est en outre nécessaire qu’elle embrasse l’activité totale de l’être. Certes, elle nécessite un travail entrepris en commun avec un sérieux, un désin-
| téressement, une sévérité critique capables non seulement d’accréditer : les résultats éventuels, mais encore d'imposer le respect dès le début de la recherche. Cependant elle dissimule un espoir d’un tout autre ordre, : et qui donne à l’entreprise tout son sens : l’ambition que la communauté
| ainsi formée déborde son plan initial, glisse de la volonté de connais- sance à la volonté de puissance, devienne le noyau d’une plus vaste con- ‘urafion, — le calcul délibéré que ce corps trouve une âme.
R. C.
L’'APPRENTI SORCIER :
I. Î/ ABSENCE DE BESOIN PLUS MALHEUREUSE QUE L'ABSENCÉ DE SATISFACTION
Un homme porte avec lui un grand nombre de besoins auxquels il doit satisfaire pour éviter la détresse. Mais le malheur peut le frapper même alors qu’il n'éprouve pas de souffrance. Le mauvais sort peut le priver des moyens de subvenir à ses besoins : mais il n’est pas moins atteint quand tel de ses besoins élémentaires lui fait défaut. L'absence de virilité n’entraîne le plus sou- vent ni souffrance, ni détresse ; ce n'est pas la satisfac- tion qui manque à celui qu'elle diminue : elle est pour- tant redoutée comme un malheur.
Il est donc un premier mal qui n’est pas ressenti par ceux qu'il frappe : il n’est mal que pour celui qui doit envisager la menace d’une mutilation à venir.
La phtisie qui détruit les bronches sans provoquer de souffrance est sans aucun doute une des maladies les
1. Ce texte ne constitue pas exactement une étude sociologique, mais is la défi- nition d’un point de vue tel que les résultats de la sociologie puissent appa- raître comme des réponses aux soucis les plus virils, non à une préoccupation scientifique spécialisée. La sociologie elle-même en effet peut difhcilement éviter de faire la critique de la science pure en tant qu’elle est un phénomène de dissociation. Si le fait social représente seul la totalité de l’existence, la science n'étant qu’une activité fragmentaire, la science qui envisage le fait social ne peut pas atteindre son objet si celui-ci, dans la mesure où elle l’atteint, devient la négation de ses principes. La science sociologique exige donc sans doute d’autres conditions que les disciplines qui concernent des aspects disso- ciés de la nature. Elle semble s’être développée — en particulier en France — dans la mesure où ceux qui l’ont assumée ont eu conscience de la coïncidence du fait social et du fait religieux. Les résultats de Ja sociologie française risquent
cependant de demeurer comme s’ils n'étaient pas, si la question dela totalité n'est pas au préalable posée dans toute son ampleur.
chir. Cependant l’absurdité d’une existence aussi vide
‘domaines constituent ainsi une limite pour tous les se S “autres. Et aucune souffrance alarmante n’est liée à cet
‘sion (agréable si elle coexiste avec le souvenir de ten-
de APPRENTI SORCIER | FRS FAR Lo)
_ plus pernicieuses. Et il en 1 est de même de tout ce qui dé-
compose sans éclat, sans qu'il soit concevable qu’ on puisse en prendre conscience. Le plus grand des maux qui frappent les hommes est peut-être la réduction de
leur existence à f’état d’organe servile. Mais personne ne
s'aperçoit qu'il est désespérant de devenir politicien, à ja écrivain ou savant. Il est donc impossible de remédiet "1%
à l'insuffisance qui diminue celui qui renonce à devenir
un homme entier pour n'être plus qu’une des fonctions de la société humaine.”
2. L'HOMME PRIVÉ DU BESOIN D'ÊTRE HOMME
Le mal ne serait pas grand s'il n’atteignait qu’un cer- tain nombre d'hommes dépourvus de chance. Celui qui prend la gloire de ses œuvres littéraires pour l’accom- plissement de son destin pourrait se tromper sans que la vie humaine fût entraînée dans une défaillance géné- rale. Maïs il n'existe rien au delà de la science, de la poli- tique et de l’art — qui sont tenus de vivre isolés, chacun pour soi, comme autant de serviteurs d’un mort.
La plus grande partie de l’activité est asservie à la pro- duction des biens utiles, sans qu'un changement décisif apparaisse possible, et l’homme n’est que trop porté à faire de l'esclavage du travail une limite à ne plus fran-
engage encore l'esclave à compléter sa production par une réponse fidèle à ce que l’art, la politique ou la science lui demandent d’être et de croire : il rencontre là tout ce qu'il peut prendre pour son compte de la destinée humaine. Les « grands hommes » qui s’exercent dans ces
état de demi-mort — à peine la conscience d’une dépres-
sions décevantes).
Sr RICE
10 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
Il est loisible à l’homme de ne rien aimer. Car l'univers sans cause et sans but qui lui a donné le jour ne lui a pas nécessairement accordé une destinée acceptable. Mais l’homme à qui la destinée humaine fait peur, et qui ne peut pas supporter l’enchaînement de l’aridité, des crimes et des misères, ne peut pas non plus être viril. S'il se détourne de lui-même, il n’a même pas de raison de s’épuiser à gémir. Il ne peut tolérer l'existence qui lui ‘choit qu’à la condition d'oublier ce qu’elle est vraiment. Les artistes, les politiciens, les savants reçoivent la charge de lui mentir : ceux qui dominent alors l'existence sont presque toujours ceux qui savent le mieux se men- tir à eux-mêmes, en conséquence ceux qui mentent le mieux aux autres. La virilité décline, dans ces conditions, autant que l'amour de la destinée humaine. Tous les faux-fuyants sont bienvenus pour écarter l’image héroï- que et séduisante de notre sort : il n’y a plus de place dans un monde où le besoin d’être homme fait défaut, sinon pour le visage sans attrait de l’homme utile.
Mais alors que cette absence de besoin est ce qui peut arriver de pire, elle est ressentie comme une béatitude. Le mal n'apparaît que si la persistance de l’ «amor fati » rend un homme étranger au monde présent.
3. L'HOMME DE LA SCIENCE
L’ « homme que la peur a privé du besoin d'être homme » a placé sa plus grande espérance dans la science. Il a renoncé au caractère de fotalité que ses actes avaient eu tant qu’il voulait vivre son destin. Car l'acte de science doit être autonome et le savant exclut tout inté- rêt humain extérieur au désir de la connaissance. Un homme qui prend sur lui la charge de la science a changé le souci de la destinée humaïne à vivre pour celuidela vérité à découvrir. I1 passe de la totalité à une partie, et le service de cette partie demande que les autres
L'APPRENTI SORCIER IT
ne comptent plus. La science est une fonction qui ne | s’est développée qu'après avoir occupé la place de la des- tinée qu’elle devait servir. Car elle ne pouvait rien tant qu'elle était servante.
Il est paradoxal qu’une fonction n'ait pu s’accomplir qu’à la condition de se donner pour une fin libre.
L'ensemble de connaissances dont l’homme dispose est dû à cette sorte de supercherie. Mais s’il est vrai que le domaine humaïn en est accru, c’est au bénéfice d’une existence infirme *.
4. L'HOMME DE LA FICTION
La fonction que s’attribue l’art est plus équivoque. Il ne semble pas toujours que l'écrivain ou l'artiste aient accepté de renoncer à l'existence, et leur abdication est plus difficile à déceler que celle de l’homme de la science. Ce que l’art ou la littérature expriment n’a pas l’aspect d'oiseau décervelé des lois savantes ; les troubles figures qu'ils composent, à l'encontre de la réalité méthodique- ment représentée, n'apparaissent même que revêtues de séduction choquante. Mais que signifient ces fantômes peints, ces fantômes écrits suscités pour rendre le monde où nous nous éveillons un peu moins indigne d’être hanté par nos existences désœuvrées ? Tout est faux dans les images de la fantaisie. Et tout est faux d’un mensonge qui ne connaît plus l’hésitation ni la honte. Les deux éléments essentiels de la vie se trouvent ainsi dissociés avec rigueur. La vérité que poursuit la science n’est vraie qu’à la condition d’être dépourvue de sens et rien n’a de sens qu’à la condition d’être fiction.
Les serviteurs de la science ont exclu ‘la destinée humaine du monde de la vérité, et les serviteurs de l’art .
1. Il ne s'ensuit pas que la science doive être rejetée. Les ravages moraux sont seuls critiqués mais il n’est pas impossible d’y contrevenir. Il est même nécessaire en ce qui concerne la sociologie d'y contrevenir au nom du principe de la connaissance (cf. plus haut, p. 8,'n. 1).
L
12 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
ont renoncé à faire un monde vrai de ce qu’une destinée anxieuse les à contraint de faire apparaître. Mais il n’est pas facile d'échapper pour autant à la nécessité d'atteindre une vie réelle et non fictive. Les serviteurs de l'art peuvent accepter pour ceux qu'ils créent l'existence fugitive des ombres : ils n’en sont pas moins tenus d'entrer eux-mêmes vivants dans le royaume du vrai, de l’argent, de la gloire et du rang social. Il leur est donc impossible d’avoir autre chose qu’une vie boiteuse. Ils pensent souvent qu'ils sont possédés par ce qu'ils figurent, mais ce qui n’a pas l'existence vraie ne possède rien : ils ne sont vraiment possédés que par leur carrière. Le romantisme substitue aux dieux qui possèdent du dehors la destinée malheureuse du poète mais il est loin d'échapper par là à la boiterie : il n’a pu que faire du malheur une forme nouvelle de carrière et il a rendu les mensonges de ceux qu'il ne tuait pas plus pénibles.
5. LA FICTION MISE AU SERVICE DE L'ACTION
L,/'hypocrisie liée à la carrière et, d’une façon plus géné- rale, au moi de l'artiste ou de l'écrivain, engage à mettre les fictions au service de quelque réalité plus solide. S'il est vrai que l’art et la littérature ne forment pas un monde se suffisant à lui-même, ils peuvent se subordon- ner au monde réel, contribuer à la gloire de l’Église ou à de l’État ou, si ce monde est divisé, à l’action et à la propagande religieuse ou politique. Mais, dans ce cas, il n'y a plus qu'ornement où service d'autrui. Si les. institutions que l’on sert étaient elles-mêmes agitées par le mouvement contradictoire de la destinée, l'art rencontrerait la possibilité de servir l'existence profonde et de l’exprimer ; s’il s’agit d'organisations dont les inté- rêts se lient à des circonstances, à des communautés par- ticulières, l’art introduit entre l’existence profonde et
4 action partisane + une confusion qui i choque parfois fi même les partisans.
: Le plus souvent, la die humaine ne peut être : | vécue que dans la fiction. Or l’homme de la fiction souffre de ne pas accomplir lui-même la destinée qu'il décrit ; il souffre de n’échapper à la fiction que dans sa . ‘carrière. Il tente alors de faire entrer les fantômes qui | le hantent dans le monde réel. Mais dès qu'ils appar- _ tiennent au monde que l’action rend vrai, dès que l’auteur les lie à quelque vérité particulière, ils perdent le privilège qu'ils avaient d'accomplir l'existence : humaine jusqu'au bout : ils ne sont plus que Fe reflets ennuyeux d'un: monde fragmentaire,
6. L'HOMME DE L'ACTION
Ÿ (4
Si la vérité que la science révèle est privée de sens humain, si les fictions de l'esprit répondent seules à la volonté étrange de l’homme, l’accomplissement de cette volonté demande que ces fictions soient rendues vraies. . Celui qu’un besoin de créer possède ne fait qu'éprouver | le besoin d’être homme. Mais il renonce à ce besoin s’il
renonce à créer plus que des fantaisies et des mensonges. | | Il ne demeure viril qu’en cherchant à rendre la réalité conforme à ce qu’il pense : chaque force en lui réclame ss de soumettre au caprice du rêve le monde manqué dans lequel il est survenu. A di Cependant cette nécessité n'apparaît le plus souvent que sous une forme obscure, Il apparaît vain de se bor- ner à réfléchir la réalité comme la science, et vain de lui échapper comme la fiction. L'action seule se propose de transformer le monde, c’est-à-dire de le rendre sem- ‘blable au rêve. « Agir » résonne dans l’oreille avec l'éclat des trompettes de Jéricho. Il n’est pas d’impératif ques _ possède une efficacité plus rude et, pour celui qui l'entend, | la nécessité d’en venir aux actes est imposée sans délai à
I4 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
possible et sans condition. Mais celui qui demande à l’action de réaliser la volonté qui l’anime reçoit vite d’étranges réponses. Le néophyte apprend que la volonté d'action efficace est celle qui se limite à des rêves mornes. Il accepte : il comprend alors lentement que l’action ne lui laissera que le bénéfice d’avoir agi. Il croyait trans- former le monde selon son rêve, il n’a fait que transfor- mer son rêve à la mesure de la réalité la plus pauvre : il ne peut qu'étouffer en lui la volonté qu'il portait — afin de pouvoir À GIR.
7. L'ACTION CHANGÉE PAR LE MONDE, IMPUISSANTE À LE CHANGER
Le premier renoncement que l’action demande à celui qui veut agir est qu’il réduise son rêve à des proportions décrites par la science. Le souci de donner à la destinée humaine un autre champ que la fiction est méprisé par les doctrinaires de la politique. Il ne peut pas être écarté dans la pratiqué des partis extrêmes qui exigent des militants qu’ils jouent leur vie. Mais la destinée d’un homme ne devient pas réelle à la seule condition qu'il combatte. Il faut encore que cette destinée se confonde avce celle des forces dans les rangs desquelles il affronte la mort. Et des doctrinaires, disposant de cette destinée, la réduisent au bien-être égal pour tous. Le langage de l’action n'accepte qu’une formule conforme aux prin- cipes rationnels qui régissent la science et la main- tiennent étrangère à la vie humaïne. Personne ne pense qu’une action politique puisse se définir et prendre figure de la même façon que l'existence se définit et prend figure sous la forme personnelle des héros de la légende. La juste répartition des biens matériels et cul- turels répond seule au souci qui les possède d'éviter tout ce qui ressemble au visage humain et à ses expressions de désir avide ou de défi heureux devant la mort. Ils
| L'APPRENTI SORCIER 1$
(Q!
sont persuadés qu'il est haïssable de s'adresser à la
multitude en lutte comme à une foule de héros déjà mou-
rants. Ils parlent donc le langage de l'intérêt à ceux qui sont en quelque sorte déjà ruisselants du sang de leurs propres blessures.
Les hommes de l’action suivent ou servent ce qui existe. Si leur action est une révolte, ils suivent encore ce qui existe quand ils se font tuer pour le détruire. La destinée humaine les possède en fait quand ils détruisent : elle leur échappe dès qu’ils n’ont plus que la volonté d’ordonûer leur monde sans visage. À peine la destruc- tion est-elle achevée qu’ils se trouvent autant que d’autres à la suite, à la merci de ce qu'ils ont détruit, qui recommence alors à se construire. Les rêves que la science et la raison avaient réduits à des formules vides, les rêves amorphes cessent eux-mêmes d'être plus que la poussière soulevée au passage de l’'ACTION. Asservis, et brisant tout ce qui n’est pas courbé par une nécessité qu'ils subissent avant les autres, les hommes de l’action s’abandonnent aveuglément au courant qui les bee et que leur agitation impuissante accélère.
8. L'EXISTENCE DISSOCIÉE
L'existence ainsi brisée en trois morceaux a cessé d’être l’existence : elle n’est plus qu’art, science ou poli- tique. Là où la simplicité sauvage avait fait dominer des hommes, il n’y a plus que des savants, des politiciens et des artistes. Le renoncement à l'existence en, échange
- de la fonction est la condition souscrite par chacun
d'eux. Quelques savants ont des soucis artistiques et politiques ; des politiciens, des artistes peuvent aussi bien regarder en dehors de leur domaine : ils ne font qu'additionner trois infirmités qui ne font pas un homme valide. Une totalité de l'existence a peu de
choses à voir avec une collection de capacités et de connaissances. Elle ne se laisse pas plus découper en
16 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
parties qu’un corps vivant. La vie est l’unité virile des 4 éléments qui la composent. Il y a en elle la simplicité d’un coup de hache.
9. L'EXISTENCE PLEINE ET L'IMAGE DE L'ÊTRE AIMÉ
L'existence simple et forte, que la servilité fonction- nelle n’a pas encore détruite, est possible seulement dans la mesure où elle à cessé de se subordonner à quel- que projet particulier comme agir, dépeindre où mesu- rer : elle dépend de l’image de la destinée, du mythe
séduisant et dangereux dont elle se sent silencieusement
solidaire. Un être humain est dissocié quand il se voue à un travail utile, qui n’a pas de sens par lui-même : il ne peut trouver la plénitude de l'existence totale que séduit. La virilité n’est rien de moins que l'expression de ce principe : quand un homme n’a plus la force de répondre à l’image de la nudité désirable, il reconnaît la perte de son intégrité virile. Et de même que la viri- lité se lie à l’attrait d’un corps nu, l'existence pleine se lie à toute image qui suscite de l’espoir et de l’effroi. L'ÊTRE AIMÉ dans ce monde dissous est devenu la seule puissance qui ait gardé la vertu de rendre à la cha- leur de la vie. Si ce monde n'était pas sans cesse par- couru par les mouvements convulsifs des êtres qui se cherchent l’un l’autre, s’il n’était pas transfiguré par le visage « dont l'absence est douloureuse », il aurait l’appa- rence d’une dérision offerte à ceux qu’il fait naître : ‘existence humaine y serait présente à. l’état de souvenir ou de film des pays «sauvages ». Il est nécessaire d'excep- ter la fiction avec un sentiment irrité. Ce qu’un être pos- sède au fond de lui-même de perdu, de tragique, la «mer- veille aveuglante » ne peut plus être rencontrée que sur un lit. Il est vrai que la poussière satisfaite et les soucis dissociés du monde présent envahissent aussi les cham- bres : les chambres verrouillées n’en demeurent pas
moins, . le dde émal! presqu'illimité, autant d'ilots
Loû les figures de la vie se recomposent, ii 10. LE CARACTÈRE ILLUSOIRE DE L'ETRE AIMÉ
L'image de l'être aimé apparaît tout d’abord avec un _ éclat précaire, Elle éclaire en même temps qu'elle effraie … celui qui la suit des yeux. Il l'écarte et sourit de son. _ agitation puérile s’il place au premier rang le souci de là ses fonctions, Un homme devenu « sérieux » croit facile . de trouver l'existence ailleurs que dans la réponse qu’il _ doit faire à cette sollicitation. Cependant, même si quelqu’autre moins lourd se laisse brûler par la séduc- . tion qui lui fait peur, il doit encore reconnaître le carac- tère illusoire d’une telle image, Car il suffit de vivre pour la contredire. Manger, dor- | mir, parler la vident de sens, Si un homme rencontre | une femme et si l'évidence se fait en lui que la destinée | elle-même est là, tout ce qui l’envahit alors de la même |: façon qu'une tragédie silencieuse est incompatible avec les allées et venues nécessaires de cette femme. L/’image - dans laquelle un instant la destinée est devenue vivante ) se trouve ainsi projetée dans un monde étranger à | date quotidienne. La femme vers laquelle un . homme est porté comme à la destinée humaine incarnée . pour lui n'appartient plus à l’espace dont l’argent dis- à pose, Sa douceur échappe au monde réel où elle passe » sans se laisser enfermer plus qu’un rêve. Le malheur . ravagerait l'esprit de celui qui se laisserait posséder par | le besoin de la réduire. Sa réalité est aussi douteuse . qu'une lueur qui vacille, mais que la nuit rend violente.
. II. LE MONDE VRAI DES AMANTS
Cependant la première apparence douteuse des deux . amants qui se rejoignent dans leur nuit de destin n’est
2
d'exprimer ce qu'ils ont éprouvé par des phrases qui
Sr ,
18 É LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
pas de la même nature que les illusions du théâtre ou des livres. Car le théâtre et 4a-littérature ne peuvent pas seuls créer un monde où des êtres se retrouvent. Les plus déchirantes visions représentées par l’art n'ont jamais créé qu'un lien fugace entre ceux qu'elles ont tou- chés. S'ils se rencontrent, ils doivent se contenter
substituent la comparaison et l'analyse à des réactions communicables. Tandis que les amants communient même au plus profond d’un silence où chaque mouve- ment chargé de passion brûlante a le pouvoir de donner l’extase. Il serait vain de nier que le foyer ainsi enflammé ne constitue un monde réel, le monde où les amants se retrouvent tels qu’ils se sont apparus une fois, chacun d’entre eux ayant pris la figure émouvante du destin de l’autre. Ainsi le mouvement orageux de l’amour rend vrai ce qui n’était le premier jour qu’une illusion.
L'obstacle rencontré par les activités fragmentaires ignorant les autres — par l’action ignorante du rêve — est donc franchi Îorsque deux êtres amoureux unissent leurs corps. Les ombres poursuivies jusqu’à l’étreinte n’émerveillent pas moins que les lointaines créatures des légendes. L'apparition d’une femme, tout à coup, semble appartenir au monde bouleversé du rêve ; mais la pos- session jette la figure de rêve nue et noyée de plaisirs dans le monde étroitement réel d’une chambre.
L'action heureuse est Îa « sœur du rêve », sur le lit même où le secret de la vie est révélé à la connaissance. Et la connaissance est la découverte extasiée dela destinée humaine, dans cet espace préservé où la science — au- tant que l’art ou l’action pratique — a perdu la possi- bilité de donner un sens fragmentaire à l'existence :.
r. Le description du « monde des amants » dans ce texte n'a cependant qu’une valeur démonstrative. Ce monde constitue l’une des rares possibilités de la vie actuelle et sa réalisation présente un caractère beaucoup moins éloigné
de La totalité de l’existence que les mondes de l’art, de la politique.ou de la science. Il n’accomplit cependant pas la vie humaine. Il y auraït entout cas
T'APPRENTI SORCIER E 19 12. LES ENSEMBLES DE HASARDS
Le renoncement au rêve ‘et la volonté pratique de - l’homme d'action ne représentent donc pas les seuls moyens de toucher lé monde réel. Le monde des amants n'est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe même la totalité de l'existence, ce que la politique ne peut pas faire. Et ses caractères ne sont pas ceux du
ceux qui appartiennent à la vie humaine avant qu’elle ne soit servilement réduite : le monde des amants se construit, comme la vie, à partir d'un ensemble de hasards donnant la réponse atiendue à une volonté d'être avide et puissante.
Ce qui détermine l'élection de l'être aimé — telle que la possibilité d’un autre choix, représentée avec logique, inspire l'horreur — est en effet réductible à un ensemble de hasards. De simples coïncidences disposent la ren- contre et composent la figure féminine du destin à laquelle un homme se sent lié quelquefois, jusqu’à en mourir. La valeur de cette figure dépend d'exi- gences depuis longtemps obsédantes et si difficiles à satisfaire qu'elles -prêtent à l’être aimé les couleurs de la chance extrême. Quand une configuration de cartes entre dans un jeu, elle décide du sort des mises : la rencontre inéspérée d’une femme, de la même façon que la donne rare, dispose, elle, de l'existence. Mais la plus belle donne n’a de sens que si les conditions où elle échoit permettent de s'emparer de l'argent du jeu. La figure qui gagne n'est qu'une combinaïi- son arbitraire : l’avidité du gain et le gain la rendent réelle. Des conséquences donnent seules un carac- tère vrai à des ensembles de hasards qui n'auraient
une erreur à le considérer comme la forme élémentaire de la société. La con-
ception d’après laquelle le couple serait à la base du fait social a dû être aban- donnée pour des raisons qui semblent décisives.
monde fragmentaire et vide de l’action pratique mais
pas dé sens si le caprice humain ne ke ave pas choisis. La rencontre d’une a serait qu’une émotion \ _ esthétique sans la volonté de ‘la posséder et de rendre vrai ce que son apparition avait semblé signifier. Une fois seulement conquise, ou perdue, l’image fugitive du destin cesse d’être une figure aléatoire pour devenir la réalité arrêtant le sort.
Une « avide et puissante volonté d’être » est donc la condition de la vérité ; mais l'individu isolé ne possède jamais le pouvoir de créer un monde (il ne le tente que s’il est lui-même dans le pouvoir de forces qui font de. lui un aliéné, un fou) : la coïncidence des volontés n'est | pas moins nécessaire à la naissance des mondes humains que la coïncidence des figures de hasards. Seul l'accord des amants, comme celui de la table des joueurs, crée la … réalité vivante de correspondances encore informes (si l’accord manque, le malheur, dans lequel l’amour reste réel, est toujours la conséquence d’une première com- plicité. L'accord de deux, ou de quelques-uns, s'ajoute d’ailleurs à la croyance générale donnant une valeur à des figures déjà décrites. La signification de l’amour est déterminée dans les légendes qui illustrent la des- tinée des amants dans l'esprit de tous.
Mais cette « avide volonté d’être », en rapport même avec le fait qu’elle est commune, n’est nullement sem-
blable à la volonté qui délibère et intervient. Elle est “|
volonté comme une aveugle intrépidité devant la mort _et doit, à l'exemple de celui qui affronte un feu meurtrier, s’en remettre en grande partie au hasard. Seul un mou- vement hasardé peut donner la réponse que la passion . obscure exige à l'apparition fortuite des «ensembles ».. _ Un beau jeu n’a de valeur que si les cartes sont battues, coupées et non disposées par un arrangement antérieur | qui constituerait la fricherie. La décision du joueur doit elle-même être hasardée, dans l'ignorance du jeu des
| | | partenaires. La force secrète des éfres aimés et la valeur de leur conjonction ne peuvent pas non plus résulter de décisions où d’intentions arrêtées à l’avance. Il est vrai que, même au delà de la prostitution ou du mariage, le monde des amants est encore plus abandonné à la tri- cherie que celui du jeu. Il n’y a pas de limite précise mais des nuances nombreuses entre la rencontre ingénue de personnages incapables d’arrière-pensée et la coquette- rie impudente ordonnant sans répit des supercheries et des manœuvres. Mais l’inconscience naïve a seule le pouvoir de conquérir le monde de miracles où les amants se retrouvent.
I/APPRÉNTT SORCIER 21
Le hasard, la chance, qui dispute la vie à la disposi- tion téléologique, à l'ordonnance des moyens et des fins, l'emporte ainsi, survenant avec une fougue divine. L'intelligence a cessé depuis longtemps de sentir l’uni- vers dans le pouvoir de la raison qui prévoit. L'existence elle-même se reconnaît à la disposition du hasard pourvu
. qu’elle se regarde à la mesure du ciel étoilé ou de la | mort. Elle se reconnaît dans sa magnificence faite à _ l’image d’un univers que n’a pas touché la souillure du mérite ou de l'intention."
fs 13. LA DESTINÉE ET LE MYTHE
Il est impossible de songer sans tomber aussitôt dans une longue angoisse à la foule qui se détourne de cet empire « horrible » du hasard. Cette foule exige en effet qu’une vie assurée ne dépende plus que du calcul et de la | décision appropriés. Mais cette vie « qui se mesure seule- | ment à la mort » échappe à ceux qui perdent le goût de brûler, comme le font les amants et les joueurs, à tra- vers « les flammes de l’espoir et de l’effroi ». La destinée humaine veut que le hasard capricieux propose ;
»
ce que la raison substitue à la riche végétation des
22 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
hasards n’est plus une aventure à vivre mais la solution vide et correcte des difficultés de l’existence. Les actes engagés dans quelque fin rationnelle ne sont que des réponses faites à la nécessité servilement subie. Les actes engagés dans la poursuite des images séduisantes de la chance sont les seuls qui répondent au besoin de vivre à l'exemple de la flamme. Car il est humaïn de brûler et de se consumer jusqu'au suicide devant la table du baccara : même si les cartes font apparaître une forme déchue de la bonne ou de la mauvaise fortune, ce qu’elles figurent, qui donne ou perd l'argent, possède aussi la vertu de signifier le destin (la dame de pique signifie parfois la mort). Il est au contraire inhumain d'abandonner l'existence à l’enchaînement des actes utiles. Une partie des disponibilités humaines, inévita- blement, est vouée au souci des souffrances dont il faut se délivrer, telles que la faim, le froid, les contraintes sociales, Ce qui échappe à la servitude, la vie, se joue, c'est-à-dire se place sur les chances qui se rencontrent.
La vie se joue : le projet de la destinée se réalise. Ce qui n’était que figure de rêve devient le mythe. Et le mythe vivant, que la poussière intellectuelle ne connaît que mort et regarde comme la touchante erreur de l’igno- rance, le mythe-mensonge figure la destinée et devient l’étre. Non l'être que la philosophie rationnelle trahit en lui donnant l’attribut de l’immuable. Mais l'être qu'énonce le prénom et le patronyme ; puis l'être double qui se perd dans les interminables étreintes : l'être
enfin de la cité « qui torture, décapite et fait la guerre ».+/
Le mythe demeure à la disposition de celui que l'art, la science ou la politique étaient incapables de satisfaire. Bien que l’amour constitue à lui seul un! monde, il laisse intact ce qui l'entoure. L'expérience de l’amour accroît même la lucidité et la souffrance : elle développe le malaise et l’épuisante impression de vide qui résulte
L'APPRENTI ÉORGTER à ‘ Ve De ‘du contact de la société décomposée, Le mythe seul renvoie à celui que chaque épreuve avait brisé l’image d’une plénitude étendue à la communauté où se ras- semblent les hommes. Le mythe seul entre dans les corps de ceux qu’il lie et leur demande la même attente. Il est la précipitation de chaque danse ; il porte l'existence «à son point d’ébullition »: il lui communique l’émotion tragique qui rend son intimité sacrée accessible. Car le mythe n’est pas seulement 1a figure divine de la destinée et le monde où cette figure se déplace : il ne peut pas être séparé de la communauté dont il est la chose et qui prend possession, rituellement, de son empire. Il serait _ fiction si l'accord qu’un peuple manifeste dans l’agita- tion des fêtes ne faisait pas de lui la réalité humaine _ vitale. Le mythe est peut-être fable mais cette fable est _ placée à l'opposé de la fiction si l’on regarde le peuple qui la danse, qui l’agit, et dont elle est la vérité vivante. Une communauté qui n’accomplit pas la possession rituelle de ses mythes ne possède plus qu’une vérité _ qui décline : elle est vivante dans la mesure où sa vo- lonté d’être anime l’ensemble des hasards mythiques qui en figurent l'existence intime. Un mythe ne peut. donc pas être assimilé aux fragments épars d’un en- semble dissocié. Il est solidaire de l'existence totale dont _il est l'expression sensible. Le mythe rituellement vécu ne révèle rien de moins que l’être véritable : en lui la vie n'apparaît pas moins | terrible ni moins belle que la femme aimée sur le lit oùelle est nue. La pénombre du lieu sacré qui contient la pré- sence réelle oppresse davantage que celle de la chambre où s’enferment les amants ; ce qui s'offre à la connais- sance n'est. pas moins étranger à la science des labora- | toires dans le lieu sacré que dans l’alcôve. L'existence humaine introduite dans le lieu sacré y rencontre la figure du destin fixée par le caprice du hasard : les lois déterminantes que définit la science sont à l’opposé de
24 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
ce jeu de la fantaisie composant la vie. Ce jeu S'écarte de la science et coïncide avec le délire engendrant les figures de l’art. Mais alors que l’art reconnaît la réalité dernière et le caractère supérieur du monde vrai qui contraint les hommes, le mythe entre dans l'existence humaine comme une force exigeant que la réalité inférieure se soumette à son empire.
14. L'APPRENTI SORCIER
Ïl est vrai que ce retour à la vieille maison humaïne est peut-être l’instant le plus inquiet d’une vie vouée à la succession des illusions décevantes. La vieille maison du mythe à mesure qu’une démarche singulière se rap- proche d'elle n'apparaît pas moins désertée que les dé- combres « pittoresques » des temples. Car la représenta- tion du mythe exprimant la totalité de l’existence n'est pas le résultat d’une expérience actuelle. Le passé seul, ou la civilisation des « arriérés », ont rendu possible la connaissance mais non la possession d’un monde qui semble désormais inaccessible. I1 se pourrait que l’exis- tence totale ne soit plus pour nous qu’un simple rêve, nourri par les descriptions historiques et par les lueurs secrètes de nos passions. Les hommes présents ne pour- raient se rendre maîtres que d’un amas représentant les débris de l'existence. Cependant cette vérité reconnue apparaît vite à la merci de la lucidité que commande le besoin de vivre. Il faudra tout au moins qu’une première expérience soit suivie d'échec avant que le négateur ait acquis le droit au sommeil que sa négation lui ga- rantit. La description méthodique de l'expérience à tenter indique d'aïlleurs qu’elle ne demande que des conditions réalisables. I’ « apprenti sorcier », tout d’abord, ne rencontre pas d’exigences différentes de celles qu’il aurait rencontrées dans la voie difficile del’art. Les figures inconséquentes de a fiction n’excluent pas
L'APPRENTI SORCIER | 25;
moins l'intention déterminée que les figures arides du mythe. Les exigences de l'invention mythologique sont seulement plus rigoureuses. Elles ne renvoient pas, comme le voudrait une conception rudimentaire, à d’obscures facultés d'invention collective. Mais elles refuseraient toute valeur à des figures dans lesquelles la part de l’'arrangement voulu n'aurait pas été écartée avec la rigueur propre au sentiment du sacré. D'un bout à l’autre, L’ « apprenti sorcier » doit d’ailleurs se faire à cette rigueur (à supposer qu’elle ne réponde pas à son impératif le plus intime). Le secret, dans le domaine où il s’avance, n*st pas moins nécessaire à ses étranges démarches qu’il ne l’est aux transports de l'érotisme (le monde total du mythe, monde de l’éfre, est séparé du monde dissocié par les limites mêmes qui séparent le sacré du profane). La « société secrète » est précisément le nom de la réalité sociale que ces démarchescomposent. Mais cette expression romanesque ne doit pas être en- tendue, comme il est d'usage, dans le sens vulgaire de « Société de complot ». Car le secret touche à la réalité constitutive de l'existence qui séduit, non à quelque action contraire à la sûreté de l’État. Le mythe naît dans les actes rituels dérobés à la vulgarité statique de la société désagrégée, mais la dynamique violente qui lui appartient n'a pas d'autre objet que le retour à la tota- lité perdue : même s’il est vrai que la répercussion soit décisiveet transforme la face du monde (alors que l’action des partis se perd dans le sable mouvant des paroles qui se contredisent), sa répercussion politique ne peut être que le résultat de l'existence. I//obscurité de tels projets n'exprime que la déconcertante nouveauté de direction nécessaire au moment paradoxal du désespoir.
GEORGES BATAILLE
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LE SACRÉ DANS LA VIE QUOTIDIENNE
Qu'est-ce, pour moi, que le sacré ? Plus exactement : en quoi consiste mon sacré ? Quels sont les objets, les lieux, les circonstances, qui éveillent en moi ce mélange de crainte et d’attachement, cette attitade ambigué que détermine l'approche d’une chose à la fois attirante et dangereuse, prestigieuse et rejetée, cette mixture de respect, de désir et de terreur qui peut passer pour le signe psychologique du sacré ?
Il ne s’agit pas ici de définir mon échelle de valeurs — dont ce qu’il y a pour moi de plus grave et de plus sacré, au sens commun du mot, occuperait le sommet. Il s’agit plutôt de chercher à travers quelques faits très humbles, empruntés à la vie quotidienne et situés en dehors de ce qui constitue aujourd’hui le sacré offi- ciel (religion, patrie, morale), de déceler au moyen de quelques menus faits, quels sont les traits qui pourraient permettre de caractériser qualitativement mon sacré et aider à fixer la limite à partir de laquelle je sais que je ne me meus plus sur le plan des choses ordinaires (futiles ou sérieuses, agréables ou douloureuses) mais que je suis entré dans un monde radicalement distinct, aussi différent du monde profane que le feu l’est de l’eau.
Il paraît évident que tout ce qui nous fascina durant l'enfance, et nous a jaissé le souvenir d’un pareil trouble, doit être, en première ligne, interrogé. Car, de tous les matériaux dont nous pouvons disposer, ces matériaux extraits des brumes d’enfance ont quelque chance de représenter les moins sophistiqués.
| LE SACRÉ DANS LA VE | QUONDTENNE a )
Me reportant mentalement à à mon enfance, je retrouve d’abord quelques idoles, quelques temples et, d’une ma- nière plus générale, quelques endroits sacrés.
En premier lieu, quelques objets appartenant à mon père, symboles de sa puissance et de son autorité! Son chapeau haut-de-forme à bords plats, qu’il accrochait le soir au porte-manteau, lorsqu'il rentrait de son bureau. Son revolver, un Smith et Wesson à barillet, dangereux, _ comme toutes les armes à feu, et d'autant plus attirant qu’il était de métal nickelé, instrument qu'il rangeait ordinairement dans le tiroir d’un secrétaire ou dans sa table de nuit et qui était l’attribut par excellence de celui à qui il incombaïit, entre autres tâches, de soutenir la maison et de la protéger des voleurs. Son porte-or, dans lequel il mettait des louis, sorte de coffre-fort bijou qui fut pendant longtemps l'apanage exclusif du nour- risseur et qui nous semblait à mes frères et à moi, jus- qu'à ce que nous en eussions reçu un pareil en cadeau de première communion, la marque de l’âge viril.
Une autre idole était la salamandre, la « Radieuse », ornée d’une effigie de femme qui ressemblait à un buste de la République. Vrai génie du foyer, trônant dans la salle à manger. Attirante par la chaleur qu’elle répan- dait, l’incandescence de ses charbons ; redoutable car nous savions, mes frères et moi, que, si nous y touchions, nous nous brülerions. C'était près d’elle qu’ on me por- tait la nuit, lorsque je m’éveillais en proie aux quintes
de toux nerveuse qui caractérisent le « faux-croup » et
que j'avais le sentiment, attaqué par un mal surnaturel. de la nuit, ravagé par une toux qui-s’introduisait en
moi comme un corps étranger, de devenir d’un coup.
quelqu'un de prestigieux — comme le héros d’une tra-
gédier., entouré que j'étais par l'inquiétude et la solli- citude be de mes parents. D
Quant aux endroits, il y a d’abord la chambre paren- tale, qui ne prenait son plein sens que de nuit, quand
l
LA NOUVELLE REVUE FRAN AL
mon père et ma mère y dormaient — la porte ouverte,
pour mieux veiller sur la progéniture — et que j ’aperce-
| vais vaguement, à la lueur de la veilleuse, le grand lit,
abrégé du monde nocturne des cauchemars qui tra-
versent le sommeil et sont comme la réplique noire des
pollutions.
Comme autre pôle sacré de la maison — pôle gauche, tendant à l’illicite, par rapport à la chambre parentale qui était le pôle droit, celui de l'autorité établie, sarc- tuaire de la pendule et des portraits des grands-parents, — les W.-C., où tous les soirs, l’un de mes frères et moi,
_ nous nous enfermions, par nécessité naturelle, mais aussi pour nous raconter, d’un jour à l’autre, des sortes de feuilletons à personnages animaux qu’alternativement nous inventions. C'était dans cet endroit que nous nous sentions le plus complices, tandis que nous fomentions des complots et que nous élaborions toute uñe mytho- logie quasi secrète, reprise chaque soir, parfois mise au net sur des cahiers, aliment de la part la plus proprement imaginative de notre vie. Des animaux soldats, jockeys, aviateurs civils ou militaires, lancés dans des compéti- tions guerrières, sportives ou dans des intrigues poli- cières. Ténébreuses machinations politiques avec essais de coup d'état, meurtres, enlèvements. Projets de cons- titution devant assurer un gouvernement idéal. Intrigues sentimentales d’une pauvreté absolue, et qui se résu- maient le plus souvent en un mariage heureux, suivi de la mise au monde de nombreux enfants, mais sans que
fût nécessairement excepté l'épisode final du veuvage.
Invention de machines de guerre, de couloirs souterrains, de trappes et de pièges (parfois constitués par une simple
fosse masquée de feuillage, aux parois pourvues de lames
bien tranchantes et au fond hérissé de pals, poùr couper en morceaux et perforer celui qui y tombait). Beaücoup de combats, de luttes farouches (sur les champs de ba- taille ou sur les hippodromes). Après chaque bataille,
Rétro
AE il {- #} A
LE SACRÉ DANS A VE QUOTIDIENNE : 29
des statistiques détaillées, avec le nombre exact des
prisonniers, des blessés et des morts pour chacun des
deux partis adverses, qui étaient par exemple les Chats
et les Chiens, les premiers, royalistes, et les seconds, ré-
publicains. Tout cela, consigné dûment dans nos cahiers,
sous forme de récits, de tableaux, de plans, de croquis,
avec tables récapitulatives et arbres généalogiques. Outre la série de légendes que nous inventions et notre panthéon de héros, ce qui, de ces longs moments passés dans les W.-C., était peut-être le plus nettement marqué par le sacré, c’est la clandestinité même de nos réu- mions.. Il est entendu que le reste de la famille savait que nous étions là, mais, derrière la porte fermée, on igno-
rait ce que nous racontions, Il y avait dans ce que nous
faisions quelque chose de plus ou moins défendu, qui nous attirait de ailleurs des réprimandes lorsque nous restionis trop longtemps enfermés, Comme dans une « maison des hommes » de quelque île de l'Océanie — là où les initiés se rassemblent et où, de bouche à
bouche et de génération à génération, se transmettent _ les secrets et les mythes, dans cette pièce qui était notre
club, nous brodions intarissablement notre mythologie et cherchions sans nous lasser des réponses aux diverses énigmes qui nous obsédaient dans le domaine sexuel, Mon frère, assis sur le grand siège, comme un initié du grade supérieur ; moi, le plus jeune, sur un vulgaire vase de nuit, qui jouait le rôle d’un tabouret de néophyte.
La chasse d’eau et le trou, en eux-mêmes, étaient des
choses mystérieuses, et même effectivement dangereuses (ne m'arriva-t-il"pas, une fois, jouant à courir autour de l’orifice en imitant le cheval de cirque, de m'y en-
gager le pied, que mes parents, alertés, eurent ensuite beaucoup de mal à dégager) ; plus âgés et plus érudits, | sans doute n'aurions-nous pas hésité à les regarder
comme étant en communication directe avec les divi- nités chthoniennes.
30 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
Par rapport au salon — Olympe qui nous était fermé * Jes jours de réception — ces cabinets d’aisance font figure de caverne, d’antre où l’on vient s'inspirer en se mettant en rapport avec les puissances les plus troubles et les plus souterraines. En face du sacré droit de la majesté parentale, c'était là que prenait corps la magie louche d’un sacré gauche, là aussi que nous nous sentions, vis-à-vis de tous les autres, le plus en marge et le plus séparés, mais, dans l'embryon de société secrète qu'à deux frères nous formions, le plus coude à coude et le mieux en accord. Il s'agissait pour nous, en somme, de cette chose éminemiment sacrée. qu'est toute espèce de pacte, — tel le lien de complicité qui unit contre les maîtres les élèves d’une même classe, lien suffisamment contraignant et solide pour que, de tous les impératifs moraux qui commandent aux consciences adultes, très peu puissent être comparés à celui par lequel les enfants s’interdisent entre eux de mutuellement se «cafarder ». Pour ce qui concerne les lieux de plein air, j'en re- trouve deux qui me paraissent, avec le recul du temps et les notions que j'ai acquises depuis, avoir été imprégnés, pour l'enfant par ailleurs pieux que j'étais, d’un carac- tère sacré: l'espèce de brousse, de no man's land, qui s'étendait entre la zone des fortifications et le champ de courses d'Auteuil, ainsi que cet hippodrome lui-même. Lorsque notre mère ou notre sœur aînée nous emme- nait promener tantôt au Bois de Boulogne, tantôt dans le jardin public attenant aux Serres de la Ville de Paris, il nous arrivait souvent de traverser cet espace mal qua- lifié (opposé au monde bourgeois des maisons, comme au village — pour ceux qui appartiennent aux sociétés dites « sauvages » — peut s'opposer la brousse, c’est-à- dire le monde vague, et propre à toutes les aventures mythiques et étranges rencontres, qui commence sitôt quitté le monde dûment repéré que constitue le village), cette «zone » effectivement hantée par les escarpes. I/on
7
LÉ SACRÉ DANS LA VIÉ QUOTIDIENNE AL
- nous mettait alors en garde, s’il nous advenait de nous
y arrêter pour jouer, contre les inconnus (en fait, je m'en rends compte aujourd'hui : les satyres) qui auraient pu, sous des prétextes fallacieux, essayer de nous en- traîner vers les fourrés. Milieu à part, exceptionnelle- ment taboué, zone lourdement touchée par le surnaturel et le sacré, si différente des jardins pubuics, où tout était prévu, ordonné, ratissé, et que les écriteaux interdisant
_de fouler l'herbe des pelouses, bien que signes de tabou,
ne pouvaient douer que d’un sacré bien refroidi !
L'autre endroit à ciel ouvert qui, l’un de mes frères et moi, nous fascinait, c’est le champ de courses d’Au- teuil. D'une allée cavalière qui le contournaït en partie, nous pouvions, mon frère et moi, regarder les jockeys, — en casaques multicolores sur leurs chevaux à pelage luisant — franchir une haie, puis grimper une butte gazonnée derrière laquelle ils disparaissaient. Nous sa- vions que c'était là que des gens (ceux que nous aper- cevions massés dans les tribunes et dont nous entendions la clameur au moment de l’arrivée), pour ces cavaliers à parure étincelante, pariaient et se ruinaient, tel un ancien collègue de mon père, qui, après avoir eu « che- vaux et voiture » avait perdu toute sa fortune au jeu et maintenant le tapait fréquemment de cent sous quand il le rencontrait à la Bourse. Lieu entre tous prestigieux, en raison du spectacle qui s’y déroulait, des sommes con- sidérables qui s’y gagnaient ou s’y perdaient ; lieu entre tous immoral, en tant que tout s’y pèse par chance et malchance, et. contre lequel mon père fulminait, inquiet à l’idée que, plus grands, nous pourrions devenir des joueurs.
L'une de nos joiés les plus grandes, c'était quand le
départ de la course était donné près de l'endroit où nous
nous tenions. Le starter, en redingote, sur son cheval.
_aux muscles de lutteur, gros costaud à côté des purs-
sang qui prenaient part à l'épreuve ; avec des piétine-
À
f ments de coqs, des fluctuations de cygnes, te sou de _ concurrents se rassemblant pour le départ ; puis, après e | Ja toujours laborieuse mise en ligne, le brusque galop du peloton et le bruit des sabots sur le sol, dont il nous _ semblait percevoir les plus intimes vibrations. Bien que je n’aie jamais eu très grand goût pour les sports, j'ai conservé de cette époque une impression d’émerveille- ment qui me fait regarder tout spectacle sportif comme une sorte de parade rituelle. Attirail de sellerie des ._ jockeys, cordes blanches des rings de boxe, et tous les préparatifs : le défilé des concurrents, la présentation . des adversaires, l'office du starter ou de l'arbitre ; tout ce qu’on sent aussi, à l'arrière-plan, en fait d'embroca- tions, massages, dopings, régimes spéciaux, réglemen- tation minutieuse. Ton dirait que les protagonistes agissent dans un monde à part, à la fois plus proches et plus isolés du public que ne le sont, par exemple, des artistes sur une scène. Car ici rien n’est faux : quelle que soit l'importance qu'y ait la mise en scène, le spectacle sportif, au dénouement théoriquement imprévisible, est un acte réel et non un faux-semblant dont toutes les péripéties se déroulent conformément à ce qui a été. rêglé d'avance. D'où, participation infiniment plus _ grande en même temps que conscience beaucoup plus intense de la séparation, puisque les êtres dont nous . sommes ici séparés ne sont pas des mannequins conven- tionnels — vagues reflets de nous-mêmes, sans rien, au fond, de commun avec nous — mais des êtres comme nous, d’une densité au moins égale, et qui pourraient être nous. | Durant toute cette période de passion pour les courses, mon frère et moi imaginions souvent que, plus grands, nous deviendrions des jockeys, — comme peuvent rêver É de devenir coureurs cyclistes où boxeurs tant de garçons ù des quartiers pauvres. Comme le faiseur de religion, le grand révolutionnaire ou le grand conquérant, il semble-
2e SACRÉ DANS LA VIE! QUOrDENNE
vertigineuse, à lui qui est souvent issu des couches les plus déshéritées de la population, soit le signe d’une chance ou d'une force magique — d'un mana — excep-
tionnel, qui lui permet de franchir d’un bond tous les
ee | rait que le champion ait un destin, et que son ascension
échelons et d'atteindre un rang social un peu en marge,
certes, mais hors de proportion avec tout ce que l’homme
vulgaire est en droit de raisonnablement attendre, quelle que soit sa naissance. À certains égards, il rappelle le
shaman, qui bien souvent n’est lui aussi, à l'origine, qu’un déshérité, maïs prend sur le destin une revanche écla-
tante, du fait qu'il a, lui seul, à l'exclusion des autres,
partie liée avec les esprits. Sans doute, mon frère et moi, devinions-nous confu
sément cela, lorsque nous nous imaginions revêtus de
casaques comme d'espèces de blasons où de vêtements liturgiques, qui nous auraient distingués des autres en même temps qu’unis à eux, en tant que points de mire, supports de l’effervescence collective, lieux de conver-
gence et réceptacles de leurs regards, fixés sur nos per
. sonnes comme autant d’épingles pour y attacher le pres- tige. Mieux que le haut-de-forme, le revolver à barillet
et le porte-or du père, ces minces tuniques de soie au-
raient marqué notre puissance, notre #ana particulier de gens qui font passer tous les obstacles sous le ventre de leurs chevaux et s’exposent 'victorieusement à tous les dangers de la chute.
A côté des objets, des lieux, des spectacles qui exer-
çaient sur nous un attrait si spécial (l'attrait de tout ce
qui apparaît séparé du monde courant, comme par .
exemple, la maison-close — pleine de nudités et de re- lents d'étuve — si éloignée du monde habillé et aéré de
la rue, bien qu’elle n’en soit séparée que par un simple
seuil, concrétisation du tabou qui frappe le lieu de per-
dition), je trouve des circonstances, des faits pour ainsi
PAT
3
FRET
34 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
dire impondérables, qui m'ont donné la perception aiguë de l'existence d’un règne distinct, réservé, sans commune mesure avec le reste, et détaché de la masse du profane avec la même crudité éblouissante et insolite que, dans les cabarets de nuit à exhibitions de femmes, les corps épilés et poudrés quand ils font irruption à deux doigts des tables entourées de mornes et suants soupeurs. Je veux parler de certains faits de langage, de mots par eux- mêmes riches en prolongements, ou mots mal entendus ou mal {us et déclenchant brusquement une sorte de . vertige au moment où l’on s'aperçoit qu'ils ne sont pas ce qu'on aurait cru jusque là. De tels mots firent, dans mon enfance, souvent fonction de clefs, soit que par leur sonorité même fussent ouvertes de surprenantes perspectives, soit que, découvrant qu'auparavant on les avait toujours écorchés, les appréhender d’un coup dans leur intégrité fit, en quelque mesure, figure de révé- lation, comme le déchirement soudain d’un voile ou l'éclatement de quelque vérité.
Quelques-uns de ces mots, où expressions, sont liés à des endroits, des circonstances, des images qui ex- pliquent par leur nature même la puissance émotive dont ces mots, ou expressions, étaient chargés. Par exemple, la « Maison vide », nom que mes frères et moi avions donné à un ensemble de rochers, groupés en une sorte de dolmen naturel qui se trouvait dans les parages de Nemours, non loin de la maison où nos parents, plusieurs années de suite, nous emmenèrent passer les vacances d'été. La « maison vide » : cela sonne comme sonnaient nos voix sous la voûte de granit ; cela évoque l'idée d’un domicile désert de géant, d’un temple aux proportions imposantes taillé dans une pierre d’une pro- digieuse vétusté.
Au domaine strict du sacré, appartient également un nom propre tel que, celui de Rébecca, appris dans l’His- toire sainte, et évocateur d’une image pour moi typi-
ï
LE SACRÉ DANS LA VE QUOTIDIENNE tas
quement biblique : une. femme aux bras et au visage
cuivrés, en longue tunique et grand voile sur la tête, la cruche sur l'épaule et lé coude appuyé à la margelle d’un puits. Dans ce cas, le nom lui-même jouait d’une façon précise, faisant penser, d’une part, à quelque chose de doux et d’aromatisé, comme le raisin sec ou le raisin muscat ; d’autre part, à quelque chose de dur et d’obs- _tiné, à cause de l’R initial et surtout du ..cca, dont je retrouve quelque chose aujourd’hui dans des mots tels que « La Mecque » ou « impeccable ». |
Un autre vocable, enfin, fut doué un certain temps pour moi de la valeur magique d’un mot de passe ou
d’un abracadabra : l’exclamation « Baoukta ! », in-
ventée par mon frère aîné comme cri de guerre lorsque
nous jouions aux Peaux-Rouges et qu’il personnifiait
le grand chef valeureux et redouté. Ce qui me frappait là, comme dans le nom de Rébecca, c'était surtout l’al- lure exotique du terme, la bizarrerie qu’il recélait, tel un mot qui eût appartenu à la langue des martiens ou
des démons, où bien encore eût été arraché à un voca-
bulaire spécial, gros d’une signification cachée, dont mon frère aîné, principal officiant, aurait eu seul le
secret . Outre ces mots qui — si l’on peut dire — me parlaient
par eux-mêmes, il est d’autres choses de langage qui
m'apportèrent la vague perception de cette espèce de
déviation ou décalage qui caractérise encore pour moi le |
passage de l’état commun à un état plus privilégié, plus
cristallin, plus singulier, le glissement d’un état profane
à un état sacré. Il s’agit, en fait, de très minimes décou- vertes : corrections d’audition ou de lecture qui, mettant en présence deux variantes d’un même mot faisaient
naître de cette divergence un trouble particulier. L'on eût dit que le langage se trouvait (à comme tordu et
que dans le minime écart qui séparaït les deux vocables — devenus tous deux pleins d’étrangeté quand, mainte-
ù
PENSE ME GER
36 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
nant, je les comparais l’un à l’autre (comme si chacun. d'entre eux n’était que l’autre écorché et tordu) — s'ou- vrait une brèche apte à laisser passer un monde de ré- vélations.
Je me rappelle qu’un jour, jouant avec des soldats de plomb, j'en laissai tomber un, le ramassai et, voyant qu'il n'était pas cassé, m'écriai : « ….Reusement ! ». Sur quoi, quelqu'un qui se trouvait là — mère, sœur où frère aîné — me fit observer qu'on ne dit pas « reusement » maïs « heureusement », ce qui me fit l’effet d’une stupéfiante découverte. De même, à partir du moment où j'appris . que le nom de Moïse ne se prononce pas « Moisse » ainsi que je l’avais toujours cru quand, sachant encore très mal lire, j'apprenais l'Histoire sainte, ces deux mots prirent une sonorité particulièrement troublante pour moi : « Moïse », « Moisse », image même de son berceau, à cause peut-être du mot « osier » (dont le premier se rapproche) ou simplement parce que j'avais déjà entendu, mais sans y prendre garde, appeler certains berceaux des « moïses ». Plus tard, apprenant mes départements, je ne lus jamais sans quelque émotion le nom de Seine- et-Oise, parce que cette ancienne erreur de lecture com- mise sur un nom biblique avait attaché à jamais, dans mon esprit, une certaine valeur de singularité à tous les mots se rapprochant plus où moins de « Moïse » ou de « Moisse ».
D'une manière analogue à celle dont s’opposaient pour moi le mot « .… reusement » et sa forme rectifiée « heureusement », nous distinguions, mes frères et moi, dans une campagne où nous allions pour les vacances avec nos parents, la sablonnière de la sablière, deux lieux sableux qui ne différaient guère entre eux que par les dimensions beaucoup plus vastes du second. Plus tard, nous savourions un plaisir comparable à celui que peuvent procurer les discussions dites « byzantines »,. en baptisant deux espèces distinctes d'avions de papier
Li
HA nous M ous ue due rectiligne, *| l’autre, la curnligne. Nous agissions, ce faisant, comme des ritualistes, pour qui le sacré se résout finalement en un système subtil de distinguo, de pointes d’ aiguille
et de détails d’étiquette.
Si je compare ces divers faits — chapeau haut-de-
forme, comme signe de l’autorité du père ; Smith et
Wesson à barillet, comme signe de son courage et de sa force ; porte-or, comme signe de la richesse que je lui attribuais du fait qu'il était le soutien financier de la maison ; salamandre où l’on peut se brûler bien qu’elle soit, en principe, le génie protecteur du foyer ; chambre parentale qui est le résumé de la nuit ; W.-C. dans le secret desquels on fait échange de récits mythologiques, et d’hypothèses sur la nature des choses sexuelles ; zone dangereuse s'étendant au delà des fortifications :
hippodrome où sont misées de grosses sommes sur la
chance où l’habileté de personnages au costume et aux gestes prestigieux ; fenêtres ouvertes, par certains élé- ments du langage, sur un monde où l’on perd pied —, si je rassemble tous ces faits empruntés à ce que fut, lorsque j'étais shout, mon existence quotidienne, je
- vois se former peu à peu une image de ce qu'est pour
moi le sacré.
: Quelque chose de prestigieux, comme les attributs paternels ou la grande maison de rochers. Quelque chose d'insolite, comme les vêtements d’apparat des jockeys ou certains mots à résonance exotique. Quelque chose de dangereux, comme les charbons rougeoyants ou la
brousse constellée de rôdeurs. Quelque chose d’ambigu,
comme les quintes de toux qui déchirent mais trans- forment èn héros de tragédie. Quelque chose d’interdit,
comme le salon où les adultes accomplissent leurs rites.
Quelque chose de secret, comme les conciliabules dans , la puanteur des lieux d’aisance. Quelque chose de verti- gineux, comme le bond des chevaux au a ou les
4
38 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
boîtes à multiple fond de la langue. Quelque chose que, somme toute, je ne conçois guère autrement que mar- qué, d’une manière ou de l’autre, par le surnaturel.
Si tant est que l’un des buts les plus « sacrés » qu’un homme puisse se proposer soit d'acquérir une connaïs- sance de soi aussi précise et intense que possible, il ap- paraît désirable que chacun, scrutant ses souvenirs avec le maximum d’honnêteté, examine s’il n’y peut décou- vrir quelque indice lui permettant de discerner quelle couleur a pour lui la notion même de sacré.
MICHEL, LEIRIS
LE VENT D'HIVER
Extra ecclesiam sula salus
Dressés contre un monde qui les satisfait peu, les réfractaires ressentent en commun le même besoin d’ac- tion et souffrent de la même incapacité d'agir. Ils aper- | çoivent qu'il faut s’unir pour être fort, mais, craignant que ce moyen soit plus onéreux que la faiblesse qui leur pèse, ils appréhendent que l'union leur fasse consentir plus de sacrifices que l'impuissance ne leur imposait de renoncements. Disciples des grands individualistes du siècle passé, ils augurent mal d’une voie où les exi- gences de la solidarité limiteraient tôt leur indépendance. Ils redoutent en un mot qu’en devenant forts, ils perdent leurs raisons de l'être, et à cette croisée des chemins, un soudain malaise les saisit. I//enjeu en effet est d’im- . portance 1.
% + * I. DESTIN DE L'INDIVIDUALISME. — La dissolution des mœurs de la société est un état dans lequel apparaît l’ovule nouveau, ou les ovules nouveaux —— des ovules
(individus) qui contiennent le germe de sociétés et d'unités nouvelles. L'apparition des individus est le signe
. 1. Ces pages, qui résument un exposé fait en mars 1937 à des auditeurs. qui se sont depuis, en majeure partie, retrouvés au Collège de Sociologie, n’en conservent que la progression dialectique, à l'exclusion de toute ana- lyse de détails, de toute argumentation concrète. De là leur aspect schéma tique, sinon squelettique. Autrement c'était l’histoire entière des réactions de l'individu à la vie sociale depuis le xix® siècle qu’il fallait écrire.
40 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
que la société est devenue apte à se reproduire. (Fr. Nietzsche, Volonté de puissance, Paris, 1935, I, 361).
Si l’on examine l’évolution des idées, non seulement en France, mais dans l’Europe entière, depuis le début du Romantisme, on est immanquablement frappé de l'influence croissante, prépondérante, réellement hors de proportion avec tout autre phénomène du même ordre, des grands individualistes dont la tradition atteint son point culminant avec Stirner et son expression la plus * riche avec Nietzsche. Il est remarquable que les œuvres de cette tendance semblent délibérément se situer hors du plan esthétique, se donner volontiers des aspects exemplaires, et prendre à l’usage une valeur de mots d'ordre. Si les conséquences extrêmes de la doctrine n'ont pas été généralement reçues, on a de moins en moins souffert que son principe fût récusé dès l’abord. L'autonomie de la personne morale est devenue le fon- dement de la société. Cependant, peu à peu, s’est ow- verte une crise de l’individualisme, où des causes exté- rieures, massives, immédiatement apparentes ont leur part : le développement des travaux sociologiques a sapé les postulats fondamentaux de la construction et, plus impérativement, les événements politiques et sociaux eux-mêmes, quine laissent plus guère la possi- bilité de vivre à l'écart, mais tout au plus celle d'y mourir, ont fait progressivement paraître terne et pous- siéreuse entre toutes l'existence à l'ombre des tours d'ivoire, Ces déterminations qui suffisent à amener les fidèles des grands individualistes à reconsidérer leur attitude et à leur donner le goût d'entreprendre une activité de caractère nettement collectif, ne leur en- lèvent cependant pas tout scrupule et ne les empêchent pas de se demander si cette tentation les conduit à un approfondissement de leur attitude, à une concéssion à la tribu, ou à la capitulation pure et simple,
CLS VENT D'HIVER Ar Au MAR On ne peut espérer rare cette difficulté sans exa- miner les raisons qui ont amené l’intellectuel à faire sécession du groupe social, à se retirer sur l’Aventin et à y prendre aussitôt une attitude directement hostile à toute société constituée. Or, cette démission est con- temporaine d’une idéologie qui nie étrangement les phé- nomènes d'attraction et de cohésion instinctives où l’on cherchera plus tard la force vive des groupements so- ciaux. On ne voyait dans ceux-ci que le fait de l'intérêt bien entendu et de préoccupations de justice distribu- tive, toutes considérations avec lesquelles l'être profond. de l’homme ne se sent rien de commun et qui le dé- tournent d'autant de l'existence sociale, déterminations. pour comble nettement absentes d’une société fondée sur l’injustice et les privilèges qui la font paraître aussitôt scandaleuse et haïssable. Aussi l'individu conscient n’a-t-il plus nourri envers elle que de l’indiffé- rence, quand une nature contemplative l'y portait, qu'une hostilité avouée et hargneuse, quand un carac- tère ombrageux lui rendait insupportables les restric- tions que le groupe lui imposait et qu’il regardait in- continent comme persécutions et brimades. N'ayant plus envers la société que des réactions de défense, il réserva naturellement sa sympathie à tous ceux qu'elle tient en lisière, dévoyés, filles publiques et hors-la-loi, et se fit peu à peu un héros du forçat intraitable sur qui se renferme toujours le bagne *. On a tort de considérer comme traïîts de grossière sensiblerie le thème de la prostituée au grand cœur ou celui du bandit magna- nime dans la littérature romantique, alors qu’il est
peu de meilleurs signes de la nouveauté essentielle de l'époque : la consommation du divorce, dans les va- leurs et presque déjà dans les mœurs, entre l’écrivain et la partie compacte et stable du corps social.
1. Rimbaud.
| Cependant, ea bientôt à leche son point d vue, l’individualiste se prend à dénoncer comme falla- cieux et tyrannique tout ce qui lui semble à quelqn 1e. titre constitutif de la société : famille, état, nation, morale, religion, à quoi il ajoute parfois la raison, la vérité et la science, soit que les liens qu’elles créent pa- raissent aussi Rice, soit pour être à quelque degré revêtues de sacré à l'instar des entités précédentes. Il naît alors un type a méthodique, le déses- péré en quête de profane que décrit Stirner : « T'orturé d’une faim dévorante, tu erres, en poussant des cris de détresse, autour des murailles qui t’enferment, pour aller à la recherche du profane. Mais en vain. Bientôt l'Église couvrira la terre toute entière et le monde du
sacré sera victorieux. » Dans ces conditions, une seule
‘ réaction morale s’impose : la profanation, la destruction _ acharnée du sacré, seule activité capable de donner à . l'anarchiste le sentiment d’une liberté effective.
En fait ce n’est là qu'illusion : le sacrilège reste à l’état de sarcasme ou de blasphème ; les actes sont si loin de passer la promesse des mots que ceux-ci ne semblent parfois si abondants et si fiers que pour couvrir à bon compte l'absence de ceux-là. Les plus grands _ parmi les individualistes ont été des faibles, des mineurs,
_ des inadaptés, sevrés des seuls biens dont ils auraient aimé jouir et dont l’obsession les enfiévrait : Sade ima- _ ginant ses débauches entre les murs d’un cachot. … Nietzsche à Sils-Maria, solitaire et maladif théoricien de la violence, Stirner fonctionnaire à la vie réglée, faisant l'apologie du crime. F
Dans le même temps, la poésie exaltait, elle aussi, toutes les libérations, mais c'était, plus qu’une autre, une poésie de refuge, qui berçaït, consolait, appeitait | l'oubli et peignait un monde sévère des couleurs léni- fiantes du songe. Cette voie sans issue ne pouvait éter- nellement satisfaire. Plus que l'évasion, la conquête
{
Pass RE ; ER LE ET | LÉ VENT D HIVER | 43
devait séduire. Aujourd’hui, le problème se pose en termes plus pressants encore, mais il est devenu clair que la société, par sa cohésion, possède une force qui brise comme verre tout effort individuel : aussi le mo- ment est-il venu de faire comprendre à qui ne s’y refuse pas par intérêt ou par peur, que les individus vraiment décidés à entreprendre la lutte, à une échelle infime au besoin, mais dans la voie efficace où leur tentative risque de devenir épidémique, doivent se mesurer avec la so- ciété sur son propre terrain et l’attaquer avec ses propres armes, c’est-à-dire en se constituant eux-mêmes en communauté, plus encore, en cessant de faire des valeurs qu'ils défendent l’apanage des rebelles et des insurgés, en les regardant à l'inverse comme les valeurs premières de la société qu’ils veulent voir s’instaurer et comme les plus sociales de toutes, fussent-elles quelque peu implacables.
Ce dessein suppose une certaine éducation du senti- ment de révolte, qui le fasse passer de l’esprit d’émeute à une attitude largement impérialiste et le persuade de subordonner ses réactions impulsives et turbulentes à la nécessité de la discipline, du calcul et de la patience. Il faut en un mot que, de safanique, il devienne luci- férien. ES
Semblablement, il convient que l’individualiste con- séquent renverse sa mentalité à l'égard du pouvoir et du sacré en général. Sur ce point, il lui faut presque adopter le contre-pied de l’injonction de Stirner et faire tendre son effort non pas à profaner, mais à sacra- liser. C’est du reste par ce mouvement qu'il s’opposera le plus profondément à une société qui s’est d'elle-même profanisée à un point extrême, en sorte qu'il n’est rien qui l’indispose davantage que l'intervention de ces va- leurs, rien non plus de quoi elle sache moins adroite- ment se garder. Il y a plus : à la constitution en groupe préside le désir de combattre la société en tant que so-
44 LA NOUVELLE REVUE. FRANÇAISE
ciété, le plan de l’affronter comme structure plus solide et plus dense tentant de s'installer comme un cancer au sein d’une structure plus labile et plus lâche, quoique incomparablement plus volumineuse. Il s’agit d’une dé- marche de sursocialisation, etcomme telle, la communauté envisagée se trouve naturellement déjà destinée à sa- craliser le plus possible, afin d'accroître dans la plus grande mesure concevable la singularité de son être Ê le poids de son action.
Les individualistes sont maintenant en mesure de calmer leurs scrupules. En entreprenant une action collective, ils ne renieraient pas leur foi, ils s’engage- raient dans la seule voie qui s’offre à eux, dès l'instant où ils ont décidé de s'élever des récriminations théo- riques à la lutte efficace, ils ne feraient que passer des escarmouches à la bataille rangée. Ils fomenteraient leur guerre sainte. Et la guerre, disait Klausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens.
IT. FONDEMENT DE L’EFFORT COLLECTIF. — Je ne sçai si je n'ai pas déjà dit dans cet ouvrage que ce qui a le plus distingué les hommes, est que ceux qui ont fait Les grandes actions ont vu devant les autres le point de leur
possibilité (de Retz, Mémoires, Amsterdam, 1717,
IV, 177-178),
De même qu'il existe une expérience primitive irré- ductible du moi qui constitue le ressort élémentaire de l’individualisme anarchiste, de même il faut mettre à jour le fondement existentiel inaliénable de l'effort collectif. Celui-ci ne peut, en aucun cas, utiliser comme assise affective une donnée toute entière rétrospective
RAT
LE VENT D'HIVER À pa A Dre du genre des déterminations de fait, face où langue,
territoire ou tradition historique, qui conditionnent l’existence des nations et nourrissent le patriotisme. Ce serait sanctionner ce qu’on conspire précisément à mo- difier, renforcer ce qu'on souhaite voir affaibli. Il est trop clair qu’ün mouvement prenant naissance à l’in- térieur d’une société et dirigé contre elle ne peut être fondé sur. ce qui en trace les limites et en renforce le cohésion en l’opposant à des rivales.
Un noyau social du type en question doit sepoder sur Hi
des éléments d’une tout autre nature : la commune vo- lonté de réaliser une œuvre identique implique déjà des affinités électives capables de présider seules à l'agrégation en communauté et d'en constituer la raison nécessaire et suffisante en fournissant à chacun vis-à- vis des êtres une double série d'expériences complé- | mentaires d'attractions et de répulsions. Il s’agit là d'un irrécusable fait quotidien qui avait déjà frappé jusqu'aux promoteurs mêmes de l’individualisme : l’op- position éthique essentielle d’au moins deux classes d'êtres, aux réactions aussi différentes que s’ils appar- tenaient à des espèces animales dissemblables, et abou- tissant à des conceptions du monde contraires, DEA des tables de valeurs inconciliables. _ Chacun, en effet, dans ses rapports avec les êtres, en rencontre qui se révèlent d’une autre espèce morale que lui, et presque d’une autre race. De ces gens, on est in- vinciblement conduit à s’écarter comme d’une étran- geté nocive. Leur conduite est toujours de celles que l’on craint, jamais de celles qu'on espère, et leur vulgarité passe les prévisions. Au contraire, d’autres se conduisent à l'épreuve exactement comme on attend, comme il semble qu'on se conduirait soi-même dans les meilleurs moments et comme précisément on désirait qu'ils se conduisissent. De la sorte, s’affermit par la conduite même des êtres, c’est-à-dire dans le monde sans men-
Ê 1°
songe : de l’action accomplie et sous s la pression de réa- | lités qu’il serait imprudent @'éluder et qui rappellent | constamment à l’ordre, une démarcation idéale par. rapport à laquelle chacun distribue ses semblables et les autres. En deçà de cette ligne, est établie du fait même une communauté de personnes fortement liées, qui se sont spontanément reconnues apparentées et qui se trouvent prêtes à s’apporter une assistance mutuelle inconditionnée, alors qu’au delà vit sous ses lois la mul- titude des misérables avec qui rien n’est commun, à l'égard de qui il est juste et fondé d’éprouver du mépris et dont on s'éloigne d’instinct comme de choses impures, rayonnant comme une contagion dangereuse cette sorte d'appel, cette tentation latente que le niveau le plus bas exerce toujours sur le plus élevé et qui justifierait seul chez ceux qui sont en haut la fierté d'y être et la volonté de s’y maintenir.
Ce ne sont pas là des distinctions de degré, mais de nature. Aucun n’est responsable de la place qu’il occupe dans cette hiérarchie des qualités d’âme: le défaillant n’est pas condamné par jugement, mais tenu à l'écart par mesure sanitaire, pour la sauvegarde d’une intégrité. Pour la même raison qu’il convient de séparer dans une récolte les fruits intacts des fruits malades, à l'égard des êtres peu sûrs, une neutralité armée et distante
n’est qu’une simple conduite de légitime défense, abso-
on lument nécessaire pour éviter la contamination. Une société comme un organisme doit savoir éliminer ses
déchets. |
Les sympathies et antipathies qui, comme on sait,
_ nese commandent pas, peuvent passer pour les rudiments
_ individuels et éphémères, extrêmement débiles, du fait | de leur nature subjective et fragmentaire, d’un système
| vital de ce genre. Ce n’est nullement par hasard d’ailleurs que l'opinion collective les représente volontiers comme
_ mensongères, recommande de passer outre et prescrit
s
d
LE VENT D'HIVER | , 47 _de ne pas en tenir compte, sous prétexte d’impartialité, dès qu'il s’agit d’une décision intéressant tant soit peu la société elle-même, plus particulièrement les services publics. Il semble que celle-ci sente ainsi la nécessité de faire obstacle à la formation de toute agrégation endogène fondée sur des réflexes différentiels, dans la pensée que là existe à la fois un ferment de dissolution de sa struc- ture et un début de recomposition des forces vives, sus- ceptible de gagner de proche en proche et d'autant plus destiné à renverser l'équilibre social à son profit qu’il se propagerait dans son armature même. C’est pourquoi la socialisation des réactions individuelles immédiates apparaît à l'inverse comme la première phase du déve- loppement d’une existence sociale au sein d’une autre. Approfondies et systématisées, regardées comme l’ex- pression d’une réalité fondamentale, nul doute qu’elles ne parviennent à donner à l'individu le plus jaloux de son indépendance une conscience de groupe extrême- ment forte, comportant au besoin une totale aliénation de lui-même.
De fait, quand les individualistes du siècle passé ont imaginé (ils n’ont jamais tenté le moindre début de réa- - lisation) une sorte de conquête de la société, c’est à des formations de ce type qu'ils ont toujours confié leurs espoirs. On ne soulignera jamais assez à quel point il importe que Balzac et Baudelaire aient regardé avec sympathie et proposé comme modèle Loyola et le perinde ac cadaver de la Compagnie de Jésus, le Vieux de la Montagne et ses Haschichins, à quel point il est significatif que l’un d’eux se soit plu à décrire les agis- sements d’une association mystérieuse au sein de la société contemporaine et l’autre à envisager la consti- tution d’une aristocratie nouvelle fondée sur une grâce mystérieuse qui ne serait ni le travail ni l'argent. _ A l'extrême, ces considérations inclinent à reconnaître comme particulièrement armée pour la lutte, une asso-
*
48 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
ciation militante et fermée tenant de l’ordre monastique . actif pour l'état d'esprit, de la formation paramilitaire pour la discipline, de la société secrète, au besoin, pour les modes d'existence et d'action.
Ces trois types de communautés sont immédiatement comparables par la séparation sévère qui coupe leurs membres du reste de la société. L'analyse démontrerait qu'elles sont moins différentes par leur finalité propre que par les conditions extérieures de leur développe- ment, selon qu'elles jouissent de l’appui des pouvoirs, sont tolérées à contre-cœur ou réduites à l’illégalité. On s’afilie à chacune par initiative ou noviciat, On y est distingué des autres et apparenté entre soi par un uniforme entier ou un imperceptible signe. Toute leur éthique repose sur cette situation, prévoit des obligations strictes entre les membres et les pousse à regarder le reste des êtres moins comme leurs égaux en droits que comme la matière première de leurs entreprises.
Ainsi tendent à se trouver sanctionnées dans la struc- ture sociale non seulement les attractions et répulsions individuelles, mais bientôt encote une distinction du genre de celle qu'instituait Nietzsche entre les Maîtres et les Esclaves. Peut-être est-il nécessaire sur ce point d'actualiser le vocabulaire, en sorte que les termes cessent d'en être empruntés à une situation disparue et par conséquent d’éloigner l'esprit de l’état de choses présent, pour qu'ils cessent également d’apparaître para- doxaux, quand la suite de la doctrine montre dans les _ esclaves des oppresseurs et dans les maîtres des malheu- reux impuissants à se préserver de leurs vexations.
Il est ainsi un avantage certain à doubler cette oppo- : sition d’un couple de mots en rapport plus étroit avec la réalité contemporaine, ceux par exemple de produc- teurs et de consommateurs, qui, à la fois, évoquent le substrat économique et traduisent une attitude vitale qui, sans être entièrement déterminé par lui, n’en est
souvent, dans lise cas les plus simples, que à Lonégdence ; directe. Par consommateurs, on caractériserait : ‘assez d bien un type d'hommes tournés vers la jouissance, Hi productifs par eux-mêmes, digérant seulement, para sites d'autrui, ne jugeant qu'en sit du principe de _. l’agréable, incapables de générosité, à plus forte raison de ce don que la nature même du producteur 1’ oblige ? a | faire de ce qu'il crée et qui n ’est pas à son usage, car Je pe | goût de produire le tient si fort qu'il dédaigne jusqu’ au | : loisir et jusqu’à la récompense. ji Créateur par destin, il fait les mœurs ae les les autres se conforment. Il inaugure les usages que les autres DAS suivent, en sorte que même étouffé et vassalisé par lai: masse de ses ennemis, il conserve le monopole des au- daces et des initiatives, et garde avec sa capacité d ie | fluence prestigieuse, la certitude d'une imprescriptible supériorité que les consommateurs eux-mêmes, triomn- ‘ : phants et repus, n “arrivent pas à bannir de leur propre conscience, sachant trop qu'en eux ne réside aucun pas cipe actif, efficace et fécond. Identifiés à leur #07, alors à : que les producteurs le sont à leur besoin de création, ils sont privés du sentiment de l'ironie souveraine de se re- +) garder vivre au moment de la tragédie, ce détachement à suprême des forts, signalé par Stirner, qui leur donne la mesure dé eux-mêmes et les assure de la non-valeur de tous ceux qui ne seraient pas capables d'une e pareille : élégance. k
LENS ENT te
IIT. MORALE DE LA COMMUNAUTÉ FERMÉE. — J'avais
toujours pensé qu’on pouvait fonder quelque chose sur le mépris ; maintenant je Sais quoi : la moralité. (H. de
Montherlant, Service inutile, Paris, 1033, p: 266.)
de
La nature des Maîtres, qui leur permet si peu d’ avoir. ; commerce avec les autres, les contraint de même à
Li)
nt.
de moindre de leurs sr Cette situation Re dès l le début, à la prise de conscience d’une éthique déter- minée, qui ne peut se dégager complètement qu'au cours du développement de la structure aristocratique, mais qui laisse définir ses prete aspects dès la. pneus de départ. |
Il est nécessaire d’en donner ici la description som- maire. Ce serait peu de regarder l’honnêteté comme le fondement inconditionnel de toute morale. Il ne faut pas douter qu’elle soit un instinct exprimant l'impératif d’unité et de totalité de l'être, la convergence de toutes ses postulations vers un seul principe, une seule fidélité. Elle constitue la preuve agissante que l'être se veut pa- cifié, qu’il tolère aussi mal les dissensions intestines qu’un organisme les foyers infectieux, qu’il réprime les émeutes qui grondent en lui et sait se garder des déser- ) tions qui le tentent ou l’avilissent ou le dispersent. L'hon- nêteté est cette force qui ne permet à l’homme qu'un. visage et fait taire les chiens ardents qui tremblent dans ces rois *, Mais je rappelle qu’un héros est grand pour avoir
_ eu des monstres à combattre avant de l'être pour les avoir vaincus. Il n’est rien à espérer de ceux qui n ont rien en eux à opprimer.
Viennent ensuite le mépris, l'amour du pouvoir ét la ; politesse, vertus qui, sans être nécessairement cardinalés, dérivent immédiatement de l'attitude décrite et ire térisent éminemment son originalité.
Fondée sur l'expérience de l'inégalité des êtres, la vertu. de mépris la sauvegarde, la manifeste et la sanctionne.
_ Illustrant un état de fait, elle ne suppose aucun orgueil, | mais en Spposerait, que cela ne, devrait pas: ei
#
PMP
| LE VENT D'HIVER à | SI
il ne doit pas être moins méprisé, car il est dans l’ordre de le traiter comme sa nature le réclame. On méprise essen- tiellement ceux qui fént ou acceptent des actions qu’on répugnerait quant à soi absolument à commettre où à supporter. Il ne servirait à rien de dissimuler le côté trompeur, à tout le moins incontrôlable, d’un tel sen- timent, car personne ne peut affirmer que, placé dans les mêmes conditions et mis dans l'obligation d'agir, la conduite qu’il méprise ne serait pas la sienne. Aussi. le mépris n'est-il fécond que s’il est exigeant. Il n’est. rien s’il n’oblige pas aussitôt à quelque rudesse envers soi-même. Une fois éprouvé, il faut le considérer d’après le devoir qu’il impose de ne jamais le mériter pour sa part dans les mêmes circonstances, de sorte que chaque acte de mépris apparaît comme un engagement d’hon- neur et une hypothèque sur la conduite future. Mais il faut le regarder aussi dans le droit qu'il donne de ne pas traiter ceux dont il sépare comme des égaux, des adversaires avec qui il convient de respecter les lois de la guerre et d’user des courtoisies de rigueur entre pairs,
Quant au pouvoir, il importe de le traiter comme une force de la nature contre quoi il est dénué de sens de récriminer, mais qu’il est loisible de combattre et peut- être d’asservir.
Rien n’est futile et pitoyable comme cette haine de principe du pouvoir qui énerve les meilleurs courages en luttes inégales et vaines, les durcit dans cette attitude et leur fait, en fin de compte, déifier le caprice et l’en- têtement. Il est sain de désirer le pouvoir, que ce soit sur les âmes ou les corps, prestige ou tyrannie. Chacun, d’ailleurs, l’exerce dans un domaine limité qu’il peut lui échoir à l’improviste d'élargir considérablement, car les relations humaines sont telles qu’on trouve souvent
la puissance en ne convoitant que la liberté, si bien que
la domination semble la fatalité des forts, et que; même dans les fers, ils la regardent instinctivement avec
52 | LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE ||
respect et sérieux, manifestant ainsi que l'amour du pouvoir distingue au principe, les conquérants des es- claves,
Précise et méticuleuse comme une étiquette de cour, la politesse qui ritualise les rapports mutuels des hommes dans leurs aspects secondaires, en décharge l'esprit du fait même et accroît d’autant son aisance. De plus, elle contribue au maintien d’une certaine tension intérieure qu’on aurait peine à conserver si l’on négligeait la simple tenue. Dans une association de type fermé, destinée à aggraver les séparations, la politesse fait partie de l'éthique et devient presque une institution. Codifiant des relations d'initiés, son caractère ésotérique et con- ventionnel se trouve renforcé du fait qu'il doit servir à les différencier davantage des profanes. L’impoli, en effet, n’est pas tant celui qui néglige les usages que celui qui les ignore ou qui pratique ceux d’un autre groupe. Ainsi la politesse, façon de se reconnaître entre soi et de reconnaître les intrus, devient un moyen pratique de prendre ses distances. De fait, quand il faut manifester à quelqu'un son hostilité où son mépris, il suffit, comme on sait, d’affecter à son égard une politesse excessive qui le gêne comme un blâme et exclut aussitôt toute familiarité. On ne saurait oublier à ce sujet la façon si caractéristique dont certains individualistes considé- rables, tel Baudelaire, devinant quelle arme implacable cachait une parfaite correction, ont fait du dandysme la forme privilégiée de l’héroïsme moderne.
Telles sont les premières vertus qu’une association qui trouve sa fin en elle-même doit d’abord développer.! Il n’est rien en elles que l'individu ne puisse pas assumer sans arrière-pensée. Il y reconnaît au contraire le pro- longement de certains de ses goûts, qu'il ressentaitsans pouvoir définir, avant qu'ils eussent trouvé le champ d'application qui leur permît de se préciser. Leur transposition à l'échelle sociale, loin de les émousser,
tue a Conmnuique € en ls aus à eux-mêmes, ce
| surcroît de décision et de force qui mesure la supériorité | de la conscience claire sur.un obscur pressentiment,
confus et tâtonnant. Dans le groupe, ces vertus tendent
concurremment à rendre plus vives les arêtes de ses contours, plus abrupt le fossé qui l’isole dans la société
où il a pris naissance : ceux qui les pratiquent avec ce dessein se trouvent bientôt former à leur tour un véri- table milieu, au sens organique du mot, un îlot de den-
sité forte, capable par conséquent de s’agglomérer les corps re épars dans une société diluée, et de con- férer ainsi à ses cellules actives un rôle réellement po-
sitif au lieu de l'agitation stérile et désaxée où elles se
complaisaient auparavant.
#%
% % Le temps n’est plus à la clémence. Il s'élève présen- tement dans le monde un grand vent de subversion, un vent froid, rigoureux, arctique, de ces vents meur-
triers et si salubres, qui tuent les délicats, les malades et les oiseaux, qui ne les laissent pas passer l'hiver. Il
se fait alors dans la nature un nettoyage muet, lent, sans recours, comme une marée de mort montant in- sensiblement. Les sédentaires, réfugiés dans leurs de- mwmeures surchauffées, s’épuisent à ranimer leurs membres
- où le sang figé dans les veines ne circule plus. Ils soignent leurs crevasses et leurs engelures, — et frissonnent. Ils craignent de se risquer au dehors où le nomade robuste, tête nue, dans la jubilation de tout son corps, vient rire au vent, enivré de cette violence glaciale et tonique, qui lui claque au visage ses cheveux raidis.
_ Une mauvaise saison, peut-être une ère quaternaire _—— l’avance des glaciers — s'ouvre pour cette société démantelée, sénile, à demi-croulante : un esprit d’'exa- men, une incrédulité impitoyable et très irrespectueuse,
_4
Ar NOUVELLE REVUE à
er ruses. Ce climat sera très dur, cette sélection vraiment
rasante. Chacun devra faire ses preuves devant des D :
oreilles sourdes aux chansons, mais vigilantes et. exer- cées, devant des yeux aveugles aux ornements, mais _ perçants ; il faudra passer par des mains avides et sa- _ vantes, par un tact extraordinairement éduqué, ce sens plus matériel, plus réaliste que les autres, que l’appa-
rence ne trompe pas, qui sépare à merveille le creux du SEE
plein. On reconnaîtra, lors de ces érès basses températures, ceux qui ont bonne one à leur teint rosé, à la fraîcheur de leur peau, à à leur aisance, à leur allégresse _ de jouir enfin de leurs conditions de vie et de la haute . dose d'oxygène qu'il faut à leurs poumons. Les autres, alors rendus à leur faiblesse et chassés de la scène, se. contractent, se recroquevillent, se blottissent dans les
trous ; les agités deviennent immobiles, les beaux par- de - leurs silencieux, les histrions invisibles. Le champ est
libre pour les plus aptes : nul encombrement des chemins pour gêner leur marche, nul gazouillis mélodieux et innombrable pour couvrir leur voix. Qu'ils se comptent et se reconnaissent dans l'air raréfié, que l'hiver les quitte unis, compacts, au coude à coude, avec la con- science de leur force, et le nouveau printemps consa- _ crera leur destin. f +?
l ROGER CAILLOIS
LA DUCHESSE DE FRIEDLAND
Cornélia de Chanfrein était la fille d’un homme qui n’aimait pas les femmes. On ne disait pas grand chose sur sa mêre, si ce n’est qu'elle n’avait pas souffert de
ce dégoût : bien que jouissant d’une pleine santé, elle
ne vivait que pour la vanité. Or, Mme de Chanfrein pou- vait être fière de son mari qui, sorti on ne savait trop d’où, avait acquis une grande réputation d'homme intel- ligent parmi les gens du monde. De plus, ils lui étaient reconnaissants d’avoir fait toute son étude de pénétrer parmi eux. Ce qui avait tout arrangé, c’est qu'il était fort joli garçon. Enfin, les femmes ne songent pas à en vouloir aux hommes qui n'aiment pas leur sexe. Ceux-ci ont dans l'esprit quelque chose qui rassure et flatte leur frivolité. La mère de Cornélia, d’une famille de marchands de biens, qui inexplicablement n'étaient pas juifs, était très - riche. joe Cornélia fut élevée au sein de la plus grande certi-
tude : elle serait duchesse. Son père, qui s'était fait un nom, en prenant soin seulement de le faire inscrire dans les annuaires — d’abord Frenel, ilétait devenu Frenel de Chanfrein, puis de Chanfrein, — l'avait décidé. Son propre _ succès ne pouvait lui laisser aucun doute sur celui de - sa fille.
I1 en fut ainsi : mais elle fut duchesse par la grâce
de Napoléon, et non par celle des Bourbons. Elle épousa
!
\
56 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
Louis Corbin, duc de Friedland. Elle était charmante ; si elle n'avait pas eu tant d'argent et tant de succès, elle aurait pu être très jolie. Toutefois la ponctualité de sa carrière lui faisait un visage trop lisible, même pour tous les analphabètes du cœur au milieu desquels elle vivait.
Louis était gros, mais cultivé. On avait enseigné à ce jeune aristocrate que le comble de la distinction serait pour lui de ne pas se faire remarquer. Il suivait la lecon à la lettre. Et, par exemple, ayant le même goût que son beau-père, il avait toujours mis à le cacher un soin digne d’une époque moins généralement adonnée à la bougrerie. Pour être sûr que personne ne le sût jamais, et d'abord pas sa femme, il se l'était caché à lui-même.
Cela lui avait été d'autant plus facile qu'il n'avait aucun tempérament, ou le peu qu'il en avait était em- pêché par l'inconvénient rendu célèbre par Louis XVI. Au cours du voyage de noces, lui qui était un fort char- tiste dut avouer à sa femme son peu d'érudition en cette matière. Elle en fut obscurément déconfite. Par la suite, la science amenda un peu la nature. Et il lui donna deux enfants, sinon du plaisir.
Cornélia avait plus de vivacité que sa mère, maiselle avait été élevée sur la plus grande réserve, inclinée comme la plupart des femmes à perdre sa jeunesse. Elle était touchée par la bonhomie et la simplicité de Louis ; elle révérait aussi sa science encore plus que son titre. Ils pouvaient être longtemps des complices inconscients, délicats, et assurer tout venant de la vraisemblance de leur union.
Ce fut l'esprit qui commença à leur jouer des tours avant la chair. |
D'être duchesse et d’avoir des enfants occupa d’abord Cornélia quelque peu. Ensuite, elle tenait de son père le goût des lettres et des arts. On pouvait croire que Louis, qui s’occupait exclusivement du règne de son
1e À
ie { sa
un goût semblable.
mouches qui pensaient bien avaler la pure horreur de ‘lui donnait des airs flegmatiquement terribles, c'était de
et de la patrie dans l’ordre des préoccupations subal-
vreries sur l'’abstraction, et le busc de l’abstraction sou-
LA DUCHESSE DE PRIDIAND | Pi 57. homonyme qu’ of à surnommé le Hutin, était marqué par
Leur maison de Versailles commença à se remplir de pente de poètes et de musiciens. Les gens du monde s’en étonnèrent, puis, toujours sensibles à une belle hospi- | talité, oublièrent leur étonnement.
Or, les artistes sont souvent dominés par les intellec- tuels. Ceux qui venaient à Versailles arrivaient tout hérissés des fureurs bo pbiduies et politiques dont les : avaient affublés certains prêcheurs dans un lointain te café. Cornélia crut parfois s’en choquer, mais elle-même était plus intellectuelle qu’artiste, et tout en achetant des tableaux elle s’habituait peu à peu à la sédition des pensées qui se murmurait de plus en plus distinctement dans ses salons. En fait, elle et son mari les provoquaient, car au fond ils n'étaient vraiment épris que de cela qui les effrayait.
En venant chez elle, les peintres et les musiciens avaient surtout imaginé qu'ils gagneraient de l'argent et qu'ils se distrairaient aussi, mais qu’en tous cas ils laisseraient à la porte leurs ouragans de poche. Or, voilà qu’on leur demandait de les montrer. Cela laissait dans . les salons des Friedland une odeur de roussi.
Presque tous les artistes se munissaient en idées au groupe Révolte dont le chef était le fameux Caël. Il y avait en celui-là un cuistre parfaitement abstrait et un poète très mièvre. Il était arrivé à chiffonner les miè-
tenait les mièvreries. Tout cela suffisait pour les gobe- | l'apocalypse: Car, le coup de maître de Caël, et ce qui considérer comme fait acquis la destruction de la famille ji
ternes, et de la logique dans l’ordre de la pensée. di J1 était l’auteur d’une Mythologie athée où l’on retrou-
(ER
RAP SS, AR MATE RS NONMIER RE REn
ÉLLE REVUE FRANÇAISE vait sous des oripeaux bigarrés qui prétendaient mani- féster la pure originalité de notre époque, la folie de ces sectes qui dans bd te embrouillaient N toutes les religions et toutes les philosophies. Il annonçait l’accomplissement des temps : avec la police sombreraient | ces bonnes règles de la circulation qu’on appelle la syn-
taxe et le principe d'identité. Après cela règnerait une prodigieuse liberté où, nouveau Dyonisios, chaque indi- vidu ne serait désormais prisonnier que de ses plus in- times Bacchantes et s’en irait divaguant par les chemins. Par une cocasse contradiction, entre autres, il pré- tendait se rattacher au marxisme, semblait ignorer que les marxistes ont le goût de la police et que si dans les villes russes où est établi leur régime il n'y a pas de voitures, ils n’y ont pas moins placé aux carrefours des agents munis de fort gros bâtons. | I1 vint en personne chez les Friedland. Pour leur faire honneur et non pas pour expliquer tout cela qui allait de soi et était plus qu’à demi assimilé par Cornélia et par Louis. L'un ét l’autre avaient été élevés par des nurses, puis par des précepteurs sortis de l’École Nor- male. Mais ces truchements de deux vénérables cultures n'avaient pu leur communiquer qu’une routine sans force. Après cela, ils avaient beaucoup lu et un crépus- cule confus leur avait tenu lieu d’aurore. _ Tout cela s’avançait dans les mois, les années, et tran- quillement. Il y avait de charmantes fêtes à Versailles où le Faubourg Saint-Germain (comme on disait na- guère) et Montparnasse se méêlaient à merveille, Le déhanchement des inversions et l’odeur sournoïse de l’opium se faisaient à peine remarquer dans le brouhaha parfaitement mesuré. Nul ne s’étonnera qu'avant de mourir le père de Louis ait pu passer dans les bosquets, et trouver tout cela « étrangement difficile à critiquer » ; il suffit de songer qu’en France depuis longtemps l’aris- tocratie s’est rangée aux mœurs douces de la bourgeoisie
LA DUCHESSE DE FRIEDLAND nus ar 39 à et que les ouvriers ab es paysans en ont fait autant, Donc, rien à craindre.
Rien à craindre, si vraiment la moindre ne de la grandeur ne passe dans le décor.
Cette ombre, c’est l'ambition. Elle vint'aux Friedland qui révèrent d'élever une espèce de monument au génie du groupe Révolte, qui de toute évidence avait frotté leur nom d’une sorte de substance magnétique.
Ils préparèrent une série de spectacles qui devaient occuper plusieurs soirées dans un vieux cirque qu'on allait démolir peu de temps après. Le morceau principal | en fut un drame burlesque qui s'appelait « Les Deux Cortèges ». L'auteur en était un Andalou, plus commu- niste que disciple de Caël. La troupe des acteurs était divisée en deux bandes, l’une d'ouvriers et l’autre de bourgeois, qui appataissaient successivement où simul- tanément au centre de la piste glorifiée par les projec- teurs, tandis que l’habituel spectacle de cirque se dé- roulait par moments sur le pourtour ombré : chevaux, clowns, acrobates.
Du côté des ouvriers, il y avait une histoire d'amour qui devenait une histoire de misère, de fausse-couche et de meurtre ; du côté des bourgeois, il y avait une grande soirée pleine de magnes et d’absurdités qui se terminait en partouse et chienlit. Plus tard, les ouvriers qui pot-
_taient en terre un jeune amoureux assassiné rencon-
traient les fêtards. Mêlée générale : pour se défendre les bourgeois sortaient de leurs manteaux des ostensoirs et des croix dont ils essayaient mais en vain d’assommer leurs sombres adversaires. Tout cela se termina dans la galopade circulaire des chevaux sur lesquels des femmes échevelées agitaient leurs cerceaux. Sur les banquettes du vieux cirque, Louis et Cornélia
avaient réuni tout le charmant monde mêlé dont ils
faisaient ordinairement les délices. Ce soir-là, ce monde ‘
se démêla. Tandis que se déroulait la pantomime, ponc-
is cintres, les pantalons de flanelle s’en allaient aussi.
ï aibies, où l’Andalou, en homma ge au grand Caël, avait
soigneusement dosé le pêle-mêle des mièvreries et des
brutalités, le faubourg Saint-Germain se butait brusque-
ment. Certes, il n’était point venu dans cette intention,
mais tout ce qui jusque-là avait été présenté dans les salons et les jardins de Cornélia en manière d’allusion éparse et fantasque, se trouvait soudain concentré et … bien pointé dans son sens décisif. On ne pouvait plus s'y méprendre. Le Faubourg qui n’est plus que bour- geoisie, giflé et menacé de mort en tant que bourgeoisie,
… produisit donc dans tout le cirque un silence funèbre:
_ La découverte se fit dans l'esprit des Friedland en ” même temps que dans celui de leurs invités. Et le bref
mais sauvage applaudissement à la fin du groupe Ré- volle, qui se compta de gradin en gradin, bien qu” égayé
_ parmi les marquises et les grandes bourgeoises, ne fit que souligner la révélation. Cornélia et Louis s’aperçurent | qu'ils étaient des révolutionnaires, à peu près comme
Monsieur Jourdain qu’il était prosateur.
_ Il y eut de toute part de la stupéfaction, car les gens de Révolle n'étaient pas moins pantois et regardaient leurs deux victimes avec honte. Personne dans cette
| génération aigre-douce, n’oubliera cette lente fuite de
toute la foule des plastrons et des perles vers les vomi- _toires, tandis que le couple naïf demeurait solitaire. Vers
Le Faubourg, qui battant en retraite depuis deux
siècles Ava fourni de si faibles pote ne put
| | ATOME et de tous ses abandons. Le duc qui était le descendant d’un des plus nobles maréchaux de France et apparenté aux plus vieilles maisons de l'Ancien Ré- gime (sa mère était une Archambaud et sa grand-mère
une Guernut-Bayard) fut aie comme jamais Ge avait.
il Ju |
l'| LA DUCHESSE DE FRIEI LAND
à été un comte du Pape et les Juives du Gotha sen-
tant la poussée de masse, ne furent pas les dernières à. at
blâmer la duchesse. La vieille garde du Faubourg dé-. clara soudain qu'après tout on ne pouvait rien attendre d'autre de Jacobins comme ces Friedland qui avaient enfilé des couronnes sur des bâtons. Il y eut un tel bruit, que l'historien peut y voir un des signes avant-coureurs du 6 février et du changement de rois en Angleterre. La vague de réaction contre la dictature qu’exerçaient
depuis quelque temps les Friedland sur le monde ss
forma, gonfla et déferla en quelques heures. Dès le len- dé demain matin, les petits groupes qui dans les soupers d’après le spectacle étaient encore restés presque sans
voix, prirent langue au téléphone. Des meetings assem-
blèrent bon nombre de mécontents dans les clubs ou cercles et chez quelques douairières. Les meneurs se trouvèrent parmi les plus riches et parmi les plus pau- vres ; les premiers avaient vu leurs salons découronnés par celui de Cornélia, les autres avaient souffert de se trouver chez elle toujours au bas bout de la table avec tant de roturiers, certes passablement polis mais pour- tant désobligeants.
On résolut de frapper un grand coup ; mais lequel ? :
Tout ce monde avait perdu depuis longtemps l'habitude _ des coups, à donner ou à recévoir. Le duel est tombé en
désuétude ; cependant, Louis s'était bien conduit pen- dant la guerre et il eût été chevaleresque de lui donner
occasion de se réhabiliter sur le terrain de la valeur tra- il
ditionnelle ; c'eût été une vengeance généreuse, et qui | aurait noblement rayonné sur tout le monde. Mais le Faubourg avait été entièrement gagné par les mœurs démocratiques ; il agit comme un vulgaire syndicat, par un vote. Sous une grêle de boules noires, le Duc fut
obligé de donner sa démission du Salon des Amateurs
de Peinture dont il présidait le comité. wi: faut dire que l'ostracisme n’alla pas plus loin et que, |
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ne Nate NOUVELLE REVUE & FRANÇAISE
pute le à secret, personne ne se fâcha avec Louis et Cornélia qui en disparaissant mirent une grâce appréciée de tout le monde à tirer tout le monde d'embarras. A l'instant même de l'aventure, ils étaient tombés dans une consternation extrême. Pas une seconde ils n'avaient songé à la révolte ; d’un seul coup, ils s'étaient réincor- porés à leurs bourreaux et dans leur intimité s'étaient condamnés aussi sévèrement que ceux-ci le faisaient dans les thés, les cocktails, les dîners.
Leurs amis de Montparnasse, admirant et regrettant à la fois de les avoir désaxés, leur écrivirent des lettres de condoléance et se rassemblèrent entre eux pour 1a- menter la situation. Dans la cellule communiste des artistes et assimilés, il y eut ainsi un soir une pathétique minute de silence, qui d’ailleurs ne fut pas appréciée à . Moscou. Le Kremlin n'avait pas encore conçu le Front des Français et prononça l'exclusion d’un grand coutu- rier et de quelques autres prosélytes. Dans les couvents remplis de gitons juifs convertis, on dit des messes pour le repos de leur âme et les opiomanes dans leurs tenues secrètes croyaient presque en perdre le goût de la con- fiture. __ Ce n’était pas en vain que Caël avait prédit des évé- | nements « bouleversants » ; ceux-ci pour les Friedland n'avaient fait que commencer. Ils avaient fui et sur leur yacht cinglaient vers Bali. Les tropiques appor- tèrent beaucoup de détente aux persécutés, une dé- tente même si souveraine qu'ils n'auraient pu l'imaginer au départ. Ils avaient emmené fort peu d'amis ; deux _ ménages de leur parenté, assez zélés pour partager une _ mauvaise fortune qui consistait dans un tour du monde, et un célibataire. Celui-ci était un jeune Russe de bonne extraction, qui avait été chauffeur de taxi, puis joueur de balalaïka et était récemment entré dans une maison de couture. On ne pouvait guère trouver plus beau visage et corps mieux fait. Il s'appelait Fedor.
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On arriva à Bali où l’on séjourna quelque temps. Là, le désordre se mit dans la petite caravane. Les deux ménages amis s'embrouillèrent avec des ménages an- glais de passage. L’adultère et la débauche montrèrent leur visage en sueur. Chacun s’égayait dans l’île : Louis et Fedor toujours partis, Cornélia qui ressentait plus fortes sous les tropiques des langueurs anciennes, se livra à l'archéologie avec un savant danois qui, fort touché par sa solitude, s’essaya bien maladroitement à lui faire la cour. Mais il n’était ni jeune, ni plaisant, ni inspiré. :
Un jour, Cornélia entra dans une pièce peu fréquentée du bungalow et trouva Louis aux pieds de Fedor.
Ce fut une révélation aussi bouleversante que celle du cirque, pour l’un comme pour l’autre. Car Louis ne se connut vraiment et ne s’avoua que dans les yeux agran- dis de sa femme, Jusque-là il avait été seul à soupçonner ses écarts et il avait pu les oublier ; maintenant il ne le pourrait plus. Il était sensible et éprouva vivement le chagrin qu'il avait mis tant de soins à éviter.
Quant à Cornélia, elle découvrit l'ironie avec l’amer- tume ; elle vit que son existence avait été une immense fumisterie. Fille d’un fumiste, on l'avait mariée à un fumiste.
Avec un peu plus d’ironie encore, elle aurait pu remarquer que le décor où elle avait vécu livrait brus- quement la signification des chétives brutalités qui. l’avaient enchantée comme une petite fille. Flle n’alla pas jusque-là, mais elle tomba pendant le retour dans une rêverie sans fond. Il n’y eut point la moindre violence
entre les époux : ils entrèrent sans explications, d’une
minute à l’autre dans la façon de vivre qui était celle de leurs amis.
Quelques années après ces menus événements, un couple français se trouvait au mois de juillet à Barcelone.
Des ram bide jui surtout e éger débraillé qui est un raffinement et un confort de plus, et. qu'envient les bourgeois sans oser l'imiter. Ils étaient _ descendus au Colon. | . Ils se promeénaient comme tout le monde dans les musées, les églises, le quartier des bordels ; ah vraiment, ils n'étaient indifférents à rien. Tout du reste leur offrait une superficie, des dehors obligeants. Les morts et les vivants se laissaient regarder avec une égale complai-
| sance, les saints, les marlous et les gitons. |
_ Étaient-ils plus occupés d'eux-mêmes que des autres 2. Ds ils se souriaient et se frôlaient, et se suivaient
l’un l’autre. Mais, somme toute, ils se souciaient plus dès
_ choses que des autres et d'eux-mêmes. Ils interrogeaient _les statues dans les églises et les musées avec un soin { étrange et égaré. Que demandaient-ils aux images ? Le ‘|: secret de la vie passée dont elles étaient l'allusion ? :" Mais qu'est-ce que la vie ? Ce n’est pas un secret qu” on surprend. Ils s’arrêtaient, avec un air de po puis repartaient l'air sûr. | ce suis très content, il n À a plus de doute pour moi que ce retable est du xrr1° .
Un jour, ils furent evil par des coups defeu. lis Lie : vèrent de leurlit d'amour, avecdes exclamations amusées. _ Deux heures après. c'étaient deux âmes entièrement dépiautées par la peur comme des lapins par la cuisi- nière, et vidées. Tout leur intérieur avait été SHEnE S retourné et mis à l'air.
_ Ils se trouvaient au milieu d’une révolution. Pour sb ha qui cherchaient des choses, c'en était une. Pour eux qui cherchaient des objets, l'air en était plein. 4 Ils en avaient tant parlé, de la révolution, dans les … cocktails et dans les petits dîners intimes, au bistrot. Fe Elle était là, dans la rue. JA Ils étaient « bouleversés » pour le coup. Te nes tient
k pas lavés, ils s'étaient habillés, ils n'avaient pas ThAURÉ, g’|
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is n'avaient plus de cigarettes, ils 'avdioet plus de
corps. Ils étaient deux petites décharges nerveuses et _ |inépuisables, quelque part derrière des murs. La révolution qui était dans les rues, entra dans les maisons. Ils touchèrent la révolution, ou plutôt elle les toucha.
La révolution en chair et en os leur faisait une peur in- : finie ; ils n'étaient que peur devant elle. Ils tremblèrent
des heures et des heures, jamais ils ne pouvaient épuiser leur tremblement.
* Les hommes de la révolution, qui s'étaient battus de- . vant l'hôtel pendant des heures, entrèrent. Ils les regar-
dèrent avec des yeux terribles, leur soufflèrent au vi- sage, les saisirent, les fouillèrent, les interrogèrent, les lâchèrent. D'autres vinrent et recommencèrent.
Mais maintenant, nos touristes ne tremblaient plus. Ils avaient été touchés par ces terribles maïns, ils se
détendaient à demi. L'extrême tourmente physique fai- sait place à un lent et insidieux supplice moral. Une
petite inquiétude de tous les instants, prête à se regoniler ‘en orage d’épouvante. Arrêtés ? Ou pas arrêtés ? Quand les premiers miliciens les avaient touchés,
saisis, surpris dans leur inexistence, une vague pensée ;
leur avait traversé l'esprit : « Mais nous sommes avec eux ». Dans les cocktails, ils parlaient de la Révolution, ils disaient qu'ils étaient pour la Révolution.
Cornélia, car c'était elle, avait même fait mieux : elle avait levé le poing. Elle allait partout où on pouvait lever le poing en 1936. Ah, ce geste avait été la fin et
l'épanouissement de sa revanche. Le commencement en
avait été de prendre un amant. Un jour, à Paris, elle s'était aperçue que ce beau Fedor la regardait. Car, de- puis qu'ils étaient rentrés en France, les Friedland vi-
vaient comme tout le monde, dans un désordre avoué, _ dans un nouvel ordre à l’envers ; donc, Fedor était tout
or RES
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_ Elle n’en voulait pas à ce Fedor, bien au contraire. Elle l'avait regardé aussi. Peu à peu une cofplicité _ s'était formée entre eux à distance. Elle avait deviné qu'il n’aimait pas tant les hommes et qu'il avait cédé à Louis par facilité. Hlle avait mis son espoir, sans la moindre gêne, dans cette facilité. Un beau jour, lors des déplacements de l'été, il avait échappé à Louis, l'avait réjointe et était devenu son amant.
Plus tard, Louis s'était incliné avec une amère satis- faction devant son châtiment.
Mais Fedor avait perdu aussitôt après sa signification. Il n’aimait rien ni personne, il ne s’aimait pas lui-même. C'était seulement une flamme pâle et langoureuse qui glissait.
La nouvelle vie de Cornélia ne prit son sens qu'avec son second amant. C'était un jeune archéologue, qu'elle avait rencontré dans un musée où elle s'était mise à tra- vailler. Ce fils de paysan avait pris possession de son corps. Cela l'avait brusquement disposée à chercher et à trouver des certitudes, ce dont elle s'était passée par- faitement pendant des années.
L/archéologue était de gauche, c'était avec lui qu’elle avait commencé à courir les endroits où l’on lève le poing. Elle ne recevait plus les gens du monde, sauf quel- ques-uns, qui pouvaient la comprendre pour une raison ou pour une autre ; elle ne recevait plus, elle allait dans les endroits ou l’on lève le poing.
L'archéologue levait le poing aussi, mais dans le vague. Ce paysan, faute d'épreuve, pouvait se comporter comme un vaporeux socialiste de droite. Elle, Cornélia, levait le poing avec une conviction précise ; elle levait le poing contre le Faubourg. Elle levait le poing en sou- venir de